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Pourquoi la batterie de votre voiture neuve risque de bientôt vous lâcher

Le stop & start prévu pour réduire la consommation ne fonctionnerait plus après 3 ans à cause de la perte de puissance de la batterie.

Le stop & start prévu pour réduire la consommation ne fonctionnerait plus après 3 ans à cause de la perte de puissance de la batterie. - DR

Installé sur de nombreux véhicules essence comme diesel depuis 10 ans, le stop & start coupe le moteur à l’arrêt pour économiser du carburant, permettant de réduire consommation et pollution. Sauf qu’avec une batterie non suffisamment chargée, ce système risque rapidement de ne plus fonctionner.

Si on parle beaucoup des "nouvelles" batteries des voitures électriques, la bonne vieille batterie au plomb vit elle aussi la révolution technologique de l’automobile. Avec l’envolée du nombre d’équipements la sollicitant, elle a du évoluer.

Finie la simple batterie pour démarrer et faire tourner l’autoradio K7, aujourd’hui elle doit permettre de régler électriquement les sièges chauffants, de lire les sms tout en gérant vitesse et distance de sécurité, grâce à une série de capteurs à contrôler en permanence. Des équipements un temps réservé aux véhicules premium, mais qui se démocratisent de plus en plus sur les voitures les plus récentes. Avec son lot de problèmes.

Le 'start&stop', un élément anti-pollution...

Pour assurer la gestion de toutes ces fonctions, la batterie 12V a conservé sa recette d’origine, à savoir une réaction chimique générant de la tension. C’est d’ailleurs au Français Gaston Planté qu’on doit la première batterie plomb-acide en 1859. Elle s'est bien entendu perfectionnée depuis, avec une durée de vie plus longue, ainsi qu'un BMS (pour battery management system, le système de contrôle électronique de la batterie) qui gère son fonctionnement et sa recharge via l’alternateur. Et c'est justement sur ce dernier point qu'entre en jeu une autre fonction, généralisée ces dernières années: le "stop & start". 

Il coupe le moteur à basse vitesse ou à l’arrêt à un feu rouge ou dans les embouteillages, pour réduire la consommation et donc la pollution. "C’est un système efficace quand on roule beaucoup en ville mais inutile sur autoroute", explique Jean-Marc Felten, journaliste spécialisé, qui s’est récemment intéressé aux limites de cette fonction pour le site Apres-vente-Auto.com et son blog Brèves de Garage. C'est là que les ennuis commencent. 

... qui dit stop, à cause de la batterie

Le stop & start ne fonctionne qu’avec une batterie chargée à plus de 75%. Or, avec l’explosion des consommations électriques à bord, ce niveau limite peut rapidement être atteint. Autre élément à avoir à l’esprit, l’alternateur ne recharge la batterie que jusqu’à 80% de sa capacité. Afin de ne pas surconsommer, et donc polluer davantage les constructeurs fixeraient ainsi volontairement ce seuil, ce qui a pour conséquence de rendre rapidement inopérante une fonction pourtant devenue nécessaire pour que les véhicules passent les tests d’homologation.

Une situation assez paradoxale, où un élément prévu pour réduire la pollution se retrouve finalement inactif… pour ne pas trop polluer.

"Si on ne fait rien, on se retrouve avec une plage d’utilisation du stop & start rapidement consommée par le vieillissement de la batterie", résume Jean-Marc Felten, qui évoque une durée de vie de 3 ans de cette fonction.

Autre élément gourmand, le frein de parking électronique

Dans les éléments les plus gourmands en énergie: le frein de parking électronique, qui a remplacé dans bien des nouveaux modèles le classique frein à main.

"Même à l’arrêt et éteint, il reste en veille avec en particulier des capteurs de mouvement toujours actifs qui peuvent resserrer les freins à tout moment", poursuit Jean-Marc Felten.

Résultat: un boom de la consommation électrique. On peut ainsi prendre un scénario qui serait désormais devenu classique: un automobiliste constate que son "stop & start" ne fonctionne plus et se rend chez son garagiste. Ce dernier, afin d’identifier le problème avant de brancher sa valise de diagnostic sur la voiture, met bien la batterie à charger mais pendant une durée insuffisante pour les accumulateurs modernes, qui nécessitent de respecter des cycles bien précis. Le diagnostic tombe alors: il faut changer la batterie, alors qu’elle est pourtant encore viable, mais tout simplement pas réglée pour supporter toutes les fonctions électroniques.

Un coût pour le consommateur ou le fabricant de batterie

Il y a alors deux solutions. Soit le propriétaire prend en charge ce changement avec un coût non-négligeable qui peut dépasser les 400 euros (installation comprise). Soit, si la batterie est encore sous garantie, c’est son fabricant qui prend en charge son remplacement, alors que c'est pourtant "le calibrage réalisé par le constructeur qui n'est pas bon", précise Jean-Marc Felten. D'après les principaux fabricants, plus de 85% des batteries défectueuses ne présenteraient ainsi aucun défaut, à comparer aux 7% pour des plaques de plomb endommagées et 4% pour un défaut au niveau des électrodes.

Le fournisseur de solution d'entretien et de recharge suédois Ctek, forcément bien conscient de cette problématique au cœur de son business, donne d'autres exemples de cas de plus en plus fréquents selon lui. La montée en gamme récente d'un constructeur comme Peugeot, avec ses derniers 3008 et 5008 désormais très bien équipés, aurait ainsi donné lieu à un changement récent de la technologie de batterie utilisée: la batterie standard et peu coûteuse laisse ainsi la place à des modèles plus récents et onéreux, recommandés pour faire face aux nombreuses sollicitations. Sauf qu'un garagiste mal-informé et sans forcément vouloir réaliser des économies, la remplacer par une batterie standard. "Dans ce cas de figure, il ne faut plus s'attendre à une durée de vie de 3 ans mais plutôt de 3 mois!", indique Jean-Marc Felten. Et la facture peut rapidement grimper. "Avec une batterie mal chargée, il faut parfois complètement reprogrammer le véhicule sans quoi il ne peut pas redémarrer, un service qui est par exemple facturé 1300 euros chez une marque premium comme Mercedes", explique Abel Santirso, responsable commercial de Ctek.

Une charge régulière à domicile ou au garage recommandée

Que faire alors? "Dans l'idéal, il faut réaliser une charge à domicile régulièrement, tous les 3 mois par exemple. Si on ne dispose pas d'un garage privatif, il ne faut pas hésiter à demander une vérification et une recharge de la batterie à son garagiste", recommande Jean-Marc Felten.

Dans ce dernier cas de figure, cette prestation peut être facturée entre 10 et 20 euros mais elle pourra aussi s'imposer comme un geste commercial de la part des professionnels, comme la vérification des niveaux. Avec la reprise des ventes de véhicules neufs en France ces dernières années et donc de plus en plus de "stop & start" sur la route, il sera intéressant de voir comment constructeurs, garagistes de marque ou indépendants et les centres auto sauront répondre à ces nouveaux maux des véhicules modernes.
Julien Bonnet