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Pourquoi les voitures d'occasion coûtent de plus en plus cher

Le marché de l'occasion continue de profiter de la pénurie de semi-conducteurs qui pénalise le marché du neuf. Les stocks ont fondu. Les modèles de moins de 6 mois se vendent parfois au prix du neuf.

Le marché de l'occasion victime de son succès? En septembre, 490.699 voitures ont changé de propriétaire en France, soit une baisse de 11,6% par rapport à septembre 2020, d'après les chiffres d'Autoscout24. Mais cette apparente méforme cache en réalité une solide performance si on la compare au marché du neuf. Les immatriculations ont encore baissé de 20,5% le mois dernier, à 133.835 unités, soit un ratio de 3,7 voitures d'occasion vendues pour une neuve, un niveau record.

Un marché encore dynamique...

La baisse le mois dernier du marché de l'occasion traduit avant tout un retour à la normale dans le contexte du covid.

"Ce mois, qui correspond aux retours des vacances, est traditionnellement un mois assez calme avec des consommateurs confrontés aux dépenses de la rentrée", explique Vincent Hancart, directeur général d'Autoscout24.

La comparaison avec septembre 2019 (+5,7%) montre par ailleurs que le marché de l'occasion reste particulièrement dynamique. Et si la tendance amorcée voici quelques mois se poursuit c'est qu'à la différence du neuf, un acheteur peut repartir avec son véhicule dès qu'il a trouvé son bonheur. Un réel avantage au moment où la plupart des constructeurs automobiles sont encore empêtrés dans la pénurie de semi-conducteurs, faisant exploser les délais de livraison. En France, le marché du neuf affiche un repli de 23,2% par rapport à 2019.

...mais pour combien de temps?

Une partie des automobilistes dépités par les délais d'attente ont évidemment cherché à se replier sur les "occasions récentes". Sauf que peu de véhicules neufs avaient été mis en circulation à l'automne 2020. Les stocks de voitures d'occasion de moins d'un an ont, selon Autoways, atteint leur plus bas niveau depuis deux ans.

La forte demande et l'offre limitée commence désormais à toucher les occasions plus anciennes: le segment des véhicules âgés entre 2 et 5 ans a ainsi vu sa part de marché bondir en septembre pour dépasser les 28%.

"L'offre continue à se réduire chez les professionnels de l'automobile, avec des répercussions possibles sur la performance du marché de l'occasion au cours des prochains mois, commente Vincent Hancart. Les constructeurs ne disposent plus de stocks de jeunes véhicules à mettre à la disposition des concessionnaires qui venaient soit de véhicules collaborateurs ou d’immatriculations tactiques (pour gonfler les statistiques). Les locations à court terme ont également mis moins de véhicules à disposition du marché de l’occasion."
Répartition par âge des véhicules d'occasion vendus en septembre en France.
Répartition par âge des véhicules d'occasion vendus en septembre en France. © Autoscout24

Un constat que partage le président d'Autoways, Eric Champarnaud:

"Le marché du véhicule d'occasion va commencer à flancher et va suivre le même chemin que celui du neuf. En fin d'année dernière, il y avait encore du stock, environ 500.000 unités, fin août dernier nous étions à 400.000 unités donc une baisse de 20%."

Un prix moyen logiquement en hausse

Une problématique suivie de près par le vendeur en ligne Autohero, qui peut toutefois profiter d'un vaste réseau d'approvisionnement à travers l'Europe pour continuer à se fournir.

"Le contexte actuel démontre la nécessité de se tourner vers des sources d'approvisionnement à l'échelle européenne pour tenter de chercher des stocks supplémentaires et profiter d'arbitrages positifs sur les prix", explique une porte-parole.

Même si Autohero parvient pour le moment à limiter l'inflation de l'occasion, l'offre limitée, face à une augmentation de la demande, provoque mécaniquement une hausse des prix. Sur sa plateforme de rachat de véhicules aux particuliers, vendezvotrevoiture.fr, la valeur de reprise est ainsi restée stable sur les derniers mois pour une même voiture, alors qu'une décote s'opère logiquement d'ordinaire avec le vieillissement du véhicule.

Les données d'Autoways confirment cette tendance à la hausse. Le montant moyen déboursé pour un véhicule d'occasion en Ile-de-France s'approche désormais des 20.000 euros, en hausse de 4,1% depuis le début de l'année. C'est en Bretagne qu'on note la plus forte augmentation, 7,7% depuis janvier, avec un prix moyen à 16.659 euros fin août.

"On constate aussi des changements d'approche chez les vendeurs professionnels, alors que jusqu'ici le critère principal était le taux de rotation, c'est-à-dire conserver le moins longtemps possible une voiture à vendre, on essaye désormais de le vendre au bon prix, quitte à ce qu'il reste un peu plus longtemps en stock", explique Eric Champarnaud.

Le début potentiellement d'un cercle vicieux pour le marché de l'occasion: avec les difficultés à se fournir dans le neuf, les propriétaires de véhicules vont avoir tendance à le garder plus longtemps. Avec des prix qui devraient donc continuer à progresser pour des acheteurs se tournant vers l'occasion dans ce contexte et vers des véhicules plus anciens qui constituent jusqu'ici le gros des ventes. Reflet de cette tension, certains modèles d'occasion récents coûtent désormais plus cher que leur équivalent neuf.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto