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Pourquoi des millions de voitures ne pourront bientôt plus rouler dans les grandes villes

Circulation dense sur le périphérique, à Paris le 9 juillet 2020.

Circulation dense sur le périphérique, à Paris le 9 juillet 2020. - PHILIPPE LOPEZ © 2019 AFP

La plupart des grandes villes françaises vont devenir des ZFE (zones à faibles émissions) d'ici à 2024, avec des plans d'exclusion des véhicules les plus anciens de la circulation. Une décision qui concernerait au moins 12 millions de voitures environ. Principale cible: les Diesel, interdits de circuler dans le Grand Paris dans 3 ans.

C'est un des enjeux importants du projet de loi Climat et résilience en cours d'examen à l'Assemblée nationale: la généralisation des zones à faibles émissions (ZFE), un dispositif déjà en place à Paris, Grenoble et Lyon, et qui concernera bientôt les principales villes de France.

Invitée de Jean-Jacques Bourdin, le 6 avril dernier, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a réaffirmé sa volonté de lutter contre la pollution de l'air, en insistant sur la création prochaine de "45 zones à faibles émissions en France".

10 ZFE en 2021, 45 en 2024

La France comptera déjà en 2021 un total de 10 ZFE. Certaines déjà existantes, comme Grenoble-Alpes Métropole, la Métropole du Grand-Paris, ou Grand Lyon Métropole. Et d'autres prochainement créées: Métropole du Grand Nancy, Métropole d'Aix-Marseille-Provence, Toulouse Métropole, Montpellier Méditerranée Métropole, Métropole Toulon-Provence-Méditerranée, Métropole Rouen Normandie.

Concrètement, ces zones pourront appliquer le dispositif des vignettes Crit'Air pour écarter de la circulation les véhicules jugés les plus polluants, en "permanence" (ou plus exactement en semaine de 8h à 20h). C'est le cas actuellement à Paris par exemple pour les véhicules Crit'Air 4 et 5. Cette interdiction peut aussi être ponctuelle, lors des pics de pollution pour pratiquer la circulation différenciée, en pouvant choisir d'exclure jusqu'à un certain niveau de cette vignette.

Des effets importants sont attendus sur la qualité de l'air via cette interdiction de circuler :

D'ici quatre ans, on aura baissé, par exemple à Paris, de 40% la pollution de l'air. Cela va permettre à des personnes enfin de ne plus souffrir des bronches, il y a 48.000 personnes qui meurent chaque année à cause de la pollution de l'air, c'est la deuxième forme de mort évitable en France", a notamment souligné Barbara Pompili.

Des sanctions prévues et bientôt la vidéoverbalisation

Pour dissuader les propriétaires de voitures jugées trop polluantes de rouler malgré les restrictions dans ces zones, des sanctions sont prévues: une amende forfaitaire de 68 euros pour les voitures et les deux-roues, et de 135 euros pour les poids-lourds, bus et autocars. Tout dépendra bien sûr des différents calendriers d'interdiction mis en place par les différentes ZFE.

Ces sanctions sont déjà en place dans la ville de Paris, qui a mis en place des interdictions permanentes de circuler depuis 2016 avec le système Crit'Air, à commencer par les "sans vignettes" (les voitures dont la première immatriculation a eu lieu avant 1997). Une interdiction étendue en 2017 aux Crit'Air 5 (Diesel d'avant 2001) et en 2019 aux Crit'Air 4 (Diesel d'avant 2006).

Le système Crit'Air distingue les véhicules selon leur âge et motorisation
Le système Crit'Air distingue les véhicules selon leur âge et motorisation © MTE

En juin prochain, la métropole du Grand Paris, dans le périmètre délimité par l'A86 (non-inclue), disposera du même niveau d'interdiction que la ville de Paris. C'est aussi à cette date que les contrevenants pourront être verbalisés au niveau de la métropole: jusqu'ici l'interdiction de circuler en petite couronne pour les Crit'Air 5 était "pédagogique". Le reste du calendrier doit suivre: interdiction des Crit'Air 3 à partir de 2022 (essence d'avant 2006, Diesel d'avant 2011) et des Crit'Air 2 à partir de 2024 (essence d'avant 2011 et les Diesel depuis 2011). Interdire les vignettes Crit'Air 2 revient en effet à interdire la circulation pour toutes les voitures particulières roulant au gazole.

Seuls des contrôles des forces de l'ordre peuvent donner lieu pour le moment à une verbalisation mais le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari a prévenu récemment que la vidéoverbalisation pourrait être mise en place d'ici à la fin de l'année. Le fichier des immatriculations étant lié à celui des cartes-grises, il sera ainsi assez simple de déterminer si une voiture a le droit ou non de rouler dans un territoire donné.

A Lyon et Grenoble, les interdictions de circuler ne concernent pour le moment que les véhicules destinés au transport de marchandises, utilitaires et poids lourds. Mais les particuliers seront bientôt concernés. Lyon s'est déjà engagé à interdire les Crit'Air 5 et non classé en 2022 et, entre 2023 et 2026, des interdictions progressives des vignettes 4, 3, et 2. Et donc de la fin du Diesel dans la métropole du Grand Lyon en 2026.

Combien de véhicules "interdits"?

Si les ZFE doivent en théorie garder la main sur ce calendrier d'interdiction, les objectifs au niveau national devraient se monter assez contraignants. La généralisation de ce dispositif devrait en effet amener, à minima, à interdire les Crit'Air 3 à partir de 2025.

Dans l'état actuel des choses, le nombre de véhicules concernés est colossal: 43% du parc automobile 2020, soit un peu plus de 17 millions de véhicules, d'après les données d'AAA Data citée par l'Automobile Magazine. Si on reprend l'objectif de sortir du Diesel, à Paris en 2024 et au niveau de toutes les ZFE pour 2030, c'est 57% du parc automobile qui est concerné, ajoutant une partie des Crit'Air 2, aux vignettes déjà interdites.

Mais, chaque année, des véhicules sortent "naturellement" du parc automobile, vivant une seconde vie à l'étranger ou finissant à la casse par exemple, et les Français achètent de nouveaux véhicules. En prenant en compte ce facteur d'évolution démographique du parc, le site autoactu.com estime ainsi qu'en interdisant les vignettes Crit'Air 3 et antérieures à partir de 2025, 11,9 millions de véhicules seront concernés (9,2 millions de Diesel et 2,7 millions de véhicules essence), soit 28,5% des 41,7 millions de véhicules particuliers immatriculés en France.

Face à ce nombre impressionnant de véhicules concernés (même si tous ne circulent pas en permanence sur le territoire des actuelles et futures ZFE), le gouvernement a mis en place de nombreuses aides pour aider les conducteurs à changer de véhicules. Selon les conditions de revenus du demandeur, bonus, primes à la conversion peuvent permettre d'obtenir jusqu'à 19.000 euros de subvention pour acheter une voiture neuve ou d'occasion.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto