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La voiture électrique est-elle vraiment propre?

Autolib' a pris fin le 31 juillet dernier.

Autolib' a pris fin le 31 juillet dernier. - PATRICK KOVARIK / AFP

Avec la fin d’Autolib’, Paris se met en quête d’une solution d’autopartage "écologique". Bien qu’équipées de moteurs électriques, les voitures de Bolloré étaient critiquées pour leur technologie pas vraiment exemplaire en la matière. Mais, en fait, ces voitures dites "propres" le sont-elles vraiment?

L’air de Paris va-t-il regretter Autolib’? Avec la fin définitive du service d'autopartage ce mardi 31 juillet, ce sont ses utilisateurs qui vont se retrouver au volant de voitures potentiellement moins "propres". La Ville de Paris s'est donc lancée à la recherche d'un successeur aussi vertueux que les petites voitures grises de Bolloré avec leur petit bourdonnement électrique (ou le bruit des cigales pour se signaler auprès des piétons).

Mais les Autolib', et plus généralement les Bluecar, avec une batterie qui nécessite d'être branchée en permanence pour ne pas se décharger, ne sont pas exemptes de critiques. Après tout, la voiture électrique est-elle aussi verte qu'elle le prétend?

La production de la voiture électrique

C'est souvent sur le plan industriel que la voiture électrique est critiquée. Avant sa commercialisation, il faut bien produire le véhicule et sa batterie. 

Dans son livre, "La guerre des métaux rares", le journaliste Guillaume Pitron liste ainsi les différentes terres rares utilisées dans de nombreux composants électroniques: graphite, cobalt, chrome, germanium, platinoïde... Il pointe du doigt les risques environnementaux mais aussi géopolitiques, avec la Chine qui contrôle 95% de la production.

On parle alors de report de pollution: si pendant son utilisation, le véhicule n'émet pas de polluants sur son lieu d'utilisation, son bilan serait donc déjà assez sombre, si on prend en compte la fabrication de ses composants et l'extraction des métaux nécessaires en amont et dans d'autres régions du monde. Prendre en compte l'ensemble du bilan environnemental de la voiture électrique, nécessite aussi d'intégrer le mode de production de l'électricité qui remplit sa batterie.

L'origine de l'électricité

L'électricité consommée par la voiture électrique ne sort pas de nulle part. Si elle vient des énergies renouvelables, aucun souci, en revanche, si elle vient de centrales à charbon, son bilan sera beaucoup moins bon.

Avec une électricité pas si verte, une étude récente du MIT estimait que l'écart d'émissions de CO2 entre une voiture thermique comme une BMW Série 7 et une voiture électrique comme une Tesla Model S se réduisait ainsi à un avantage très faible pour la berline zéro émission. 

Après un article du Financial Times qui avait relancé la polémique sur le "sombre bilan des voitures électriques", les chercheurs du MIT avaient publié une tribune dans laquelle ils rappelaient que la plupart des véhicules électriques émettent moins de CO2 que les véhicules thermiques sur l'ensemble du cycle de vie.

Surtout, la tendance est à la "décarbonisation" progressive de la production d'électricité, avec un recours de plus en plus important aux énergies renouvelables à l'échelle mondiale. La voiture électrique sera ainsi mécaniquement d'autant plus vertueuse avec le temps.

L'utilisation du véhicule

Au-delà de la motorisation, électrique ou thermique, qui équipe le véhicule, c'est son utilisation au quotidien qui va également dessiner son vrai bilan. 

Parallèlement au développement des ventes de voitures électriques et afin de réduire les embouteillages, l'autopartage pourrait déjà résoudre une partie du problème avec une réduction attendue entre 25 et 30% des émissions de CO2 en ville.

Autolib' jouait ainsi sur ces deux tableaux, énergie électrique et autopartage, pour limiter son impact environnemental. Des caractéristiques qu'on devrait retrouver chez les successeurs annoncés de ce service en Ile-de-France.

Pauline Ducamp et Julien Bonnet