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La pénurie de carburants fait-elle grimper les prix à la pompe?

Depuis fin septembre, le prix moyen du gazole a augmenté de plus de 20 centimes. Une augmentation que la hausse des cours du pétrole ne peut expliquer à elle seule. La loi de l'offre et de la demande joue à plein en défaveur des consommateurs.

Une fois n’est pas coutume, la forte augmentation du prix des carburants observée depuis la fin septembre n’est pas pleinement imputable à la hausse des cours du pétrole ou à la baisse de la valeur de l’euro face au dollar. Le principal responsable est en France. Et il tient en un mot: pénurie.

Le prix moyen du gazole établi ce mardi en fin de matinée par le site plein-moins-cher.fr atteignait un peu plus de 1,93 euro, soit 23 centimes de plus qu’il y a deux semaines. Pour le super sans plomb 95 E-10, on était à 1,68 euro, soit une augmentation de 16 centimes par litre par rapport à la fin septembre. Sur un délai aussi court, il s’agit d’une augmentation qu’on peut qualifier de très inhabituelle.

Cela ne signifie pas que toutes les stations-service profitent de la situation. On parle ici de moyenne et, par ailleurs, on ignore si les grossistes ont, eux aussi, été contraints d’acheter leur carburant plus cher du fait de la grève dans une partie des dépôts français de carburant.

Intensifier les contrôles de la DGCCRF

En revanche, une chose est certaine: en ce moment la loi de l’offre et de la demande joue à plein... en défaveur des consommateurs. Quand vous savez que vous allez avoir les plus grandes difficultés à trouver une station qui dispose de carburant, vous êtes moins regardant sur les prix. Et en tout cas moins enclin à faire jouer la concurrence.

Dans ce contexte spécifique, que fait le gouvernement pour empêcher ces abus? Avant de répondre à cette question il convient de rappeler que les prix sont libres. Même en période normale, un certain nombre de stations-service vendent leur carburant bien plus cher que les autres. Difficile aussi d'évaluer le surcoût qu'un réapprovisionnement plus régulier ces dernières semaines avec l'afflux d'automobilistes voulant profiter de la ristourne gouvernementale.

Les services de l'exécutif restent vigilants. Le ministère de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher, en charge de ce dossier, assure que les contrôles de la DGCCRF ont été renforcés pour vérifier que les règles de concurrence sont bien respectées. Ces contrôles se poursuivront d'ailleurs dans les prochaines semaines. En théorie, il est possible de sanctionner (lourdement) des professionnels qui vendent des produits ou des services, à un prix abusivement élevé. Mais encore faut-il le prouver.

Rocard et Bérégovoy avaient limité les marges par décret

Pour éviter d’avoir à prouver les abus, l’Etat ne pourrait-il pas limiter par décret le niveau des marges? Cela a déjà été fait, en 1990, sous le gouvernement socialiste dirigé par Michel Rocard. On raconte souvent à tort qu’à l’époque, les prix des carburants avaient été bloqués. En réalité, Pierre Bérégovoy, alors ministre de l’Economie, des Finances et du Budget avait juste imposé une limite aux marges des distributeurs de carburant.

Cette dernière avait été fixée à un niveau correspondant à une dizaine de centimes d’aujourd’hui par litre, avec une modulation, à la hausse ou à la baisse, selon les départements. La marge étant définie par décret, comme la différence entre le prix de gros des carburants sur le marché de gros de Rotterdam et celui (hors taxe) pratiqué à la pompe, donc transport compris.

A ce stade le gouvernement n’entend pas du tout suivre cette piste. L’idée c’est plutôt d’en finir avec la grève dans les raffineries et les dépôts de carburant à l’origine de cette pénurie. Notamment en utilisant l’arme de la réquisition.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco