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Des aides si relocalisation: Bruno Le Maire met Renault et PSA au pied du mur

Le ministre de l'Economie semble prêt à conditionner un plan de relance de l’automobile avec des relocalisations en France.

Des primes contre des usines, c’est en substance ce qu’a proposé ce matin Bruno Le Maire aux constructeurs automobiles. Interrogé sur BFM Business, le ministre de l’Economie et des Finances s’est montré très clair.

"Nous sommes prêts à vous aider, nous sommes prêts à améliorer par exemple les primes à la conversion, nous sommes prêts à regarder ce qui peut améliorer votre compétitivité sur le site de production français, la contrepartie ça doit être quelle relocalisation est-ce que vous envisagez", a asséné Bruno Le Maire.

Des primes oui, mais pas pour financer l’achat de véhicules qui ne seraient pas produits sur le territoire national. Ce n’est pas la première fois que Bruno Le Maire fait part de son agacement face au transfert de production de véhicules du site France vers d’autres pays. Mais avec les demandes répétées d’aides du secteur automobile ces dernières semaines, notamment via la Plateforme automobile (PFA) par la voix de son président Luc Chatel, le ministre disposerait-il d’un moyen de pression?

De moins en moins de voitures made in France

Les chiffres sont certes sans appel. En 2004, la production automobile française dépassait les 3,6 millions de véhicules. Cette année, elle ne devrait pas dépasser 1,7 million. Et encore, ce chiffre avancé l’été dernier parait bien optimiste suite à la crise du coronavirus.

Le mois dernier, Claude Cham, le président de la Fédération des équipementiers, la FIEV, voyait au plus haut une production à 1,5 ou 1,6 million de véhicules en France. Avec un plan de relance. Mais quel plan, si il est conditionné à des relocalisations? Qui ne se font pas en claquant des doigts.

Bruno Le Maire avait déjà anticipé le problème semble-t-il. En décembre dernier, il avait donné mission à Hervé Guyot "d'évaluer dans les mois qui viennent avec les constructeurs les conditions pour maintenir et relocaliser l'activité en France (...) et améliorer les relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants". Les conclusions de cette mission n’ont pas encore été communiquées.

Comme le rappelle ce lundi L’Usine Nouvelle, Bruno Le Maire était également revenu sur cette idée de relocalisation. L’Etat doit investir 700 millions d’euros dans la filière européenne de construction de batterie. “En contrepartie, il faut aussi que les constructeurs automobiles s’engagent à dire: telle catégorie de véhicule ou telle catégorie de fabrication, nous allons la relocaliser en France”, avait alors répété le ministre.

Un retour de la production de certains modèles électrifiés?

Contre une aide à l’achat de voitures électriques et hybrides, les constructeurs français sont-ils prêts à relocaliser des productions de véhicules en France? Renault assemble déjà sa Zoé à Flins, dans les Yvelines. Peugeot pourrait-il rapatrier la e-208 de Trnava en Slovaquie en France? "Cela parait peu probable, explique un spécialiste du secteur. Rebâtir des lignes de production complètes s’avère très onéreux".

Les propos de Jean-Philippe Imparato, directeur général de Peugeot et en charge du commerce chez PSA, laissent penser que les constructeurs ne sont pas forcément pour un marché "prime contre plus de made in France".

"Nous ne sommes pas particulièrement demandeurs de mesures qui conduiraient à tordre le marché dans un sens, qui à la fin seraient néfastes pour l'industrie à moyen terme", expliquait-il ce lundi également sur BFM Business.

Et de poursuivre: "On se rappelle tous de 2008. Et on l'a tous payé en 2011. A l'exception du support à la transition énergétique qui est normal, (...) pas de mesures qui conduisent à la fin à droguer un marché qui de toutes façons le paie. On a mis des années à construire des marques, à construire des produits qui se tiennent et dont la valeur est reconnue. Ne brisons pas cela par un mouvement de panique à la sortie d'un covid". Sa conclusion semble sans appel: "Pas de drogue, un marché normal, un soutien à la transition énergétique et le reste, on s'en occupe". Le reste ne semblant pas contenir de relocalisation.

Pauline Ducamp