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Coronavirus: dans les grandes villes, un trafic routier de 15 août aux heures de pointe

Photo prise à Paris, devant le Panthéon, en plein confinement, le 19 mars dernier.

Photo prise à Paris, devant le Panthéon, en plein confinement, le 19 mars dernier. - AFP

Conséquence logique des premières mesures de confinement, le trafic automobile s'est fortement contracté en France depuis une semaine. C'est notamment le cas en région parisienne, avec moins d'embouteillages ce mardi matin à 8h qu'un 15 août, le jour le plus fluide sur les routes franciliennes ces dernières années.

Des routes quasi-désertées par la circulation automobile, c'est ce qu'on constate depuis l'entrée en application des premières mesures de confinement en France il y a une semaine, mardi 17 mars. C'est une conséquence logique car une bonne partie du pays est confinée à domicile, en télétravail ou pour s'occuper des enfants privés d'école, et l'interdiction de se déplacer dans la mesure du possible.

A Paris, des records historique de fluidité du trafic

Cette chute de la circulation automobile se retrouve en particulier dans les données transmises par TomTom, spécialiste des solutions GPS et de l'info-trafic. A Paris, ce mardi 24 mars à 8 heures du matin, on constatait par exemple un taux de congestion de seulement 7%.

Ce chiffre signifie que les temps de parcours moyens des rares automobilistes circulant en région parisienne ne se rallongeaient que de 7% par rapport aux temps relevés dans des conditions "parfaites" de circulation, c'est-à-dire sans aucun ralentissement sur l’ensemble du réseau.

Sur un trajet d'une heure théorique, on mettait donc en moyenne 4,2 minutes de plus. Un contretemps négligeable qui fait office de record historique: ces trois dernières années le 15 août avait reçu la palme du "jour le plus fluide" en région parisienne, avec un taux de congestion de... 8%.

Pour se rendre compte de la différence, le taux de congestion moyen pour un mardi de 2019 à cette heure de pointe était de 78%. Dans de telles conditions, notre trajet d'une heure s’allonge alors de 45 minutes supplémentaires en raison des bouchons.

Traffic Index
Traffic Index © TomTom
"C'est du jamais-vu depuis 10 ans que nous collectons de l'info-trafic de manière si détaillée. On est quasiment en situation de fluidité totale à Paris et dans les principales villes de France", commente Vincent Martinier, porte-parole de TomTom France.

Toutes les grandes villes concernées

Même constat à Lyon, avec un taux de congestion de 10% ce mardi toujours à 8h, le pic d'une nouvelle journée très fluide dans l'agglomération. C'est tout de même un peu plus dense que le 1er janvier 2019 et le 15 août 2018, les records des deux années précédentes, mais beaucoup moins que d'ordinaire. Un mardi à 8h, on enregistre à Lyon un taux moyen de congestion de 71%. Et on retrouve des données comparables dans les autres grandes villes de France, comme Marseille, Bordeaux, Lille ou encore Toulouse.

Le tournant du 17 mars

Les données transmises par TomTom permettent aussi d'avoir un aperçu de l'effet provoqué par les mesures de confinement dans le temps. Dans les graphiques ci-dessous reprenant les taux de congestion du lundi 9 au dimanche 22 mars, on constate bien un effondrement du trafic dès la première semaine de confinement dans les principales villes de France, les mesures les plus contraignantes s'appliquant depuis le mardi 17 mars à midi.

La courbe en jaune, qui reflète le niveau de congestion cette année, décroche en effet nettement par rapport aux mesures enregistrées l'an dernier aux mêmes dates, qui apparaissent en gris. Le phénomène démarre même un peu plus tôt à Paris, dès le week-end précédent le deuxième discours d'Emmanuel Macron, avec un pic assez élevé le lundi en fin de journée, juste avant l'annonce du confinement généralisé en France.

TomTom
TomTom © TomTom

Disparités de réactions en Europe

Au niveau européen, le trafic dans les principales zones urbaines permet aussi de se rendre compte du déclenchement des mesures visant à éviter la propagation du covid-19. 

A Londres (Grande-Bretagne), par exemple, le niveau d'embouteillages a commencé à décrocher il y a seulement quelques jours, quand il s'était déjà stabilisé à un niveau très bas depuis longtemps à Milan (Italie), une ville où des mesures de confinement ont été prises depuis plusieurs semaines.

Graph
Graph © TomTom

A Madrid (Espagne), autre grande ville durement touchée par le virus, le trafic commence à se réduire le lundi 9 mars, jour où le gouvernement espagnol avait annoncé ses mesures pour faire face à l'épidémie. Le mercredi 11 mars, la fermeture des crèches, écoles et universités, on assiste également à un nouveau décrochage.

"On note bien la différence d'approche dans le confinement en regardant les statistiques du trafic dans les principales villes d'Europe", explique Vincent Martinier, chez TomTom.

Des autoroutes désertées

Si le trafic urbain s'est donc complètement réduit, c'est également le cas entre les grandes villes, avec un trafic autoroutier à des niveaux historiquement bas lui aussi. 

L'autoroute A5 au niveau de l'Isle-Aumont (Aube), photo prise le 23 mars, 7e jour de confinement en France.
L'autoroute A5 au niveau de l'Isle-Aumont (Aube), photo prise le 23 mars, 7e jour de confinement en France. © AFP

Ce lundi 23 mars, Vinci Autoroutes a dressé un premier bilan de la dégringolade du trafic sur son réseau. Il est en diminution de 16% du 1er au 20 mars. La baisse se concentre toutefois sur les véhicules légers, en chute de 19,1%, alors que le trafic des poids lourds reste relativement stable, à -0,4%.

"Les mesures de confinement prises récemment en France ont accentué la baisse du trafic. Celle-ci reste toutefois moins prononcée pour les poids lourds, conséquence du maintien d’un niveau d’activité économique minimum dans le pays", souligne le communiqué de Vinci Autoroutes.

forte chute des signalements sur waze

Conséquence logique de ce trafic réduit au minimum, l'application GPS Waze a noté une forte baisse des signalements de bouchons en e France. Les utilisateurs peuvent en effet prévenir les autres usagers de la route d'événements comme des ralentissements de la circulation

Au niveau national, la chute est impressionnante: le mardi 10 mars, une semaine avant la mise en place, l'application recensait encore 91.400 signalements d'embouteillages sur la journée. Le week-end du 14 mars, lorsque la fermeture des bars et restaurants a été annoncée, on notait un premier creux avec seulement 4500 signalements dans tout le pays sur la journée du 15. Depuis le 20 mars, soit 3 jours après le début du confinement, Waze enregistre moins de 900 signalements de bouchons par jour, 655 seulement ce lundi 23 mars.

A Paris intra-muros, Waze relève un nombre de signalements divisé par deux.. Ce lundi, seuls 12 bouchons ont été signalés, contre 4500 encore le 10 mars.

Les grands axes ne sont pas en reste. Sur l'A7, Waze relevait encore 454 bouchons signalés le 10 mars, contre un seul relevé par les utilisateurs ce lundi.

Julien Bonnet