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Comment Rolls-Royce compte sauver son mythique V12

Le "Spirit of Ecstasy" et le moteur V12 deux caractéristiques indissociables de Rolls-Royce.

Le "Spirit of Ecstasy" et le moteur V12 deux caractéristiques indissociables de Rolls-Royce. - Rolls-Royce

En marge de la présentation de la nouvelle stratégie du Groupe BMW à Munich le 16 mars, nous avons rencontré Peter Schwarzenbauer, membre du directoire en charge de Rolls-Royce, Mini et de l'après-vente du groupe. Entre deux morceaux de jazz et une art car, il nous a dessiné le futur de Rolls-Royce et les défis que devra relever d'ici 10 ans le constructeur de limousine de luxe.

Sous les spots du BMW Welt, le costume bleu pétrole de Peter Schwarzenbauer fait ressortir son bronzage. Ce n'est clairement pas la neige munichoise qui tombe depuis le début de la journée du 15 mars, qui autorise ce ton caramel. "Il revient tout juste des essais de la Dawn", explique l'attachée de presse qui l'accompagne, quand il la coupe pour ajouter avec un grand sourire : "en Afrique du Sud".

Il y a pire qu'essayer la dernière des Rolls-Royce (et l'une des plus puissantes avec son V12 6.6 de 563ch) dans la fin de l'été sud-africain. "La puissance brute, le nombre de chevaux, n'est pas ce que viennent chercher nos clients. La motorisation V12 reste importante, mais nous ne sommes pas dans une course à la puissance, poursuit ce Bavarois pure souche. Nos clients recherchent une qualité de conduite". Même s'il s'occupe de tout ce qui n'est pas BM au directoire de BMW (Mini, Rolls-Royce donc et l'après-vente), Peter Schwarzenbauer possède l'ADN maison l'essentiel: le moteur et la conduite sont aussi au cœur de l'ADN Rolls-Royce.

Sauver le V12

Et en Allemagne, en plein scandale Volkswagen, impossible de ne pas lui parler de downsizing ou de motorisations plus sobres, surtout à quelques mètres du Quatre-Cylindres, l'immeuble maison-mère de BMW à Munich. "Rolls-Royce fait partie du Groupe BMW donc nous passerons les normes environnementales de 2012 [en moyenne, tous les modèles d'un même groupe ne devront pas émettre plus de 95g de CO2/km, ndlr], mais nous devons être attentifs à la mise en place de zones zéro émission dans les centre-villes", confie Peter Schwarzenbauer. Il est convaincu que d'ici une dizaine d'années, la majorité des mégalopoles auront fait ce choix. L'un des défis de Rolls réside donc dans les énergies alternatives.

"Rolls-Royce est à la pointe des motorisations alternatives. En 2012, nous avons présenté à de nombreux clients la Phantom 102EX Expérimental Electric. S'ils préfèrent conserver le V12, Rolls-Royce peut répondre aux changements de législation", explique le membre du directoire. Il liste très calmement les options: 100% électrique, hybride, pourquoi pas pile à combustible. Mais exclut d'emblée une motorisation inférieure au V12 (on en revient toujours là) et pose la question du poids des batteries sur une hybride.

Une nouvelle ère avec la Phantom VIII

Rolls-Royce ne se précipite pas. C'est la nouvelle Phantom qui posera les bases et elle n'arrivera pas avant 2018 (même si plusieurs clients ont déjà montré leur intention de l'acquérir, tout de suite). La septième génération de la limousine était en 2003 le premier modèle lancé suite au rachat par BMW, la renaissance de Rolls-Royce après des années d'errance auprès de sa sœur Bentley. 

Pour Schwarzenbauer, le V12 de Rolls-Royce est prêt à répondre aux changements de réglementations.
Pour Schwarzenbauer, le V12 de Rolls-Royce est prêt à répondre aux changements de réglementations. © Rolls-Royce

La huitième génération marquera en 2018 la véritable réponse de Rolls-Royce dans la révolution automobile actuelle. "Chaque Phantom marque un moment d'histoire pour l'automobile, tricote Peter Schwarzenbauer. Le futur de l'automobile de grand luxe est déjà en marche, car nous testons actuellement une nouvelle architecture en aluminium, sur laquelle se basera toute la future gamme. C'est la première étape d'une nouvelle ère pour Rolls-Royce. Et un investissement considérable".

Plus de personnalisation

Combiner investissements de long terme et rentabilité, c'est le grand défi du Groupe BMW après tout juste un siècle d'existence, et Rolls-Royce n'y échappe pas. 3.785 Rolls-Royce ont été vendues l'année dernière et la course aux volumes ne fait bien entendu pas partie de son ADN. Pour préserver les marges, la marque de luxe a misé sur des modèles plus jeunes, plus puissants, à conduire soi-même, les Wraith et Dawn, et sur le développement de son département personnalisation, baptisé "Bespoke".

Plus de 95% des Rolls vendues bénéficient de ce travail artisanal, qui fait facilement doubler le prix d'une voiture (comme le nombre d'heures pour la fabriquer). Avec le lancement des versions "Black Badge" au salon de Genève il y a quinze jours, Rolls a voulu montrer qu'il pouvait aller plus loin. "C'est un programme Bespoke conçu pour un groupe particulier de clients, surtout masculin, explique-t-il. Mais nous avons aussi de plus en plus d'acheteuses chez Rolls-Royce". Peter Schwarzenbauer décrit alors un travail étroit entre des demandes de clients et une vision nouvelle du Bespoke. Demain, la personnalisation touchera aussi le style de conduite, pourquoi pas la préparation moteur ou le réglage châssis, le tout dans l'ADN Rolls, si l'on en croit Peter Schwarzenbauer.

Un SUV dans l'ADN de Rolls-Royce

On a tout de même du mal à le croire quand il nous explique que le futur SUV fait partie de l'ADN de la marque. "Ce programme, le projet Cullinan, est né à la demande de clients, qui voulaient un véhicule robuste, avec lequel ils pouvaient passer partout", relate-t-il. Des discussions avec les clients, mais aussi avec tous ceux qui gravitent dans l'industrie automobile. Peter Schwarzenbauer interroge sur la perception de la marque dans le public, sur la dimension mythique de marques comme Rolls ou Ferrari et se fait même intervieweur sur ce que nous pensons du Bentayga, le SUV de Bentley, la grande marque rivale de Rolls. Quand nous lui retournons la question, il fait la moue. "Ce ne sont pas des concurrents", assène-t-il. La nouvelle Mulsanne dévoilée à Genève? Idem, ce n'est pas de la concurrence. "Les deux marques ont suivi deux chemins de développement différent et se sont éloignées", résume-t-il. 

On ne sait pas combien de nouvelles Mulsanne Bentley a déjà vendu, mais les cinquante derniers exemplaires de la Phantom ont eux tous trouvé preneur. Mi-juin, la marque dévoilera un concept qui présentera sa vision de ces 100 prochaines années, à l'image du BMW Vision Next 100 présenté le 07 mars pour le centenaire de BMW. La possibilité d'un Brexit ne semble pas faire partie de la vision...

https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Rédactrice en chef BFM Auto