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Incendie au camp militaire de Canjuers: les habitants en colère, des élus envisagent de porter plainte

Des riverains et des élus locaux s'interrogent sur les causes de l'incendie au camp militaire de Canjuers, dans le Var, et appellent le préfet à prendre des mesures.

L’incendie est fixé. Après plusieurs jours de lutte et 1800 hectares partis en fumée au camp militaire de Canjuers, les pompiers ont pris le dessus sur l'important incendie qui a débuté ce week-end dans le Var. Mais les flammes pourraient reprendre du terrain, à en croire Olivier Pécot, capitaine du SDIS 83.

"Les conditions météo vont un peu se lever et vont compliquer les opérations d'extinction finale. Nous ne sommes pas à l'abri d'une reprise de feu, mais les moyens sont sur place, le feu est ceinturé et on a bon espoir", explique-t-il à BFMTV.

Depuis le début de l'opération, près de 300 pompiers ont été mobilisés. Et la mission est risquée: la zone est réputée pour être "polluée par des obus non explosés", indiquait Olivier Pécot ce mardi. Au point que l'explosion d'un obus ce lundi a blessé légèrement un pompier et provoqué des troubles auditifs chez 18 autres.

"Inadmissible"

Les premiers spectateurs impuissants de cet incendie ne sont autres que les locaux. Dès le début, ces derniers ont partagé des photos des panaches de fumées sur les réseaux sociaux. Rongés par l'inquiétude de voir, peut être, ces flammes arriver au plus près des habitations. La colère s'est depuis installée chez les habitants des villages des alentours qui attendent des réponses.

"Il n'a pas plu depuis plusieurs mois. Savoir qu'ils vont tirer dans de telles circonstances, c'est tout à fait inadmissible", abondent deux riverains au micro de BFM Toulon Var.

Ces derniers connaissent des restrictions depuis un mois maintenant, le département étant placé en vigilance sécheresse. Le Var comptait deux communes en crise sécheresse et 96 en alerte sécheresse au moment du départ de feu, samedi. Alors, des exercices militaires avec tirs à cette époque de l'année, cela ne passe pas. "Il y a quand même la chaleur, la sécheresse et il n'avait pas plu, s'agace un habitant. Et ils s'amusent à tirer dans des endroits où il faisait sec..."

Un mécontentement que partagent les élus locaux des villages voisins.

"Si le préfet prend un arrêté qui interdit de faire des feux, des barbecues, de couper l'herbe ou de rouler trop vite, il faudrait que ça s'adapte à tout le monde", plaide Charles-Antoine Mordelet, maire d'Aiguines.

Le maire de Vérignon, Philippe Murat-David, lui, souhaite aller plus loin, rapportent nos confrères de Var-Matin et envisage de déposer plainte. "Nous allons devoir nous réunir avec les maires de l’intercommunalité et nos homologues limitrophes du camp de Canjuers et voir si on ne peut pas déposer une plainte collective ou une remarque auprès de la préfecture", a-t-il expliqué au quotidien.

Un précédent en 1985

De son côté, le parquet militaire de Marseille a ouvert une enquête. Un tir d'artillerie est à l'origine de cet important départ de feu. L'enquête permettra de déterminer si les conditions de sécurité ont été respectées au moment de l'entraînement des militaires.

Un feu au camp militaire n'est pas une première dans le Var. En 1985, un spectaculaire incendie avait ravagé 3000 hectares de végétation. Il était parti, lui aussi, du camp de Canjuers.

Ce camp militaire a la particularité d'être le plus grand d'Europe occidentale, il s'étend sur 35.000 hectares sur les hauts plateaux du nord du Var. Des dizaines de milliers de militaires français et étrangers sont présents toute l'année pour "parfaire leur formation de combattant”.

Des conditions difficiles

Néanmoins, ce terrain accueille des engins non explosés qui ont considérablement ralenti la progression au sol des sapeurs-pompiers. Samedi, ces derniers ont du attendre que les flammes dépassent la zone dite rouge, c'est-à-dire minée, pour lancer les opérations d'où l'appuie aérien d'hélicoptères bombardiers d'eau.

L'incendie avait démarré sur le côté ouest du camp militaire. Les sapeurs-pompiers du Var ont rapporté, lors des différents points de situation, que le foyer était difficilement accessible, à cause d'un manque de voies d'accès à cette zone. Après quatre jours d'intervention, de jour comme de nuit, le feu semble cette fois "fixé".

Malheureusement, le facteur météo peut bousculer la situation à tout moment. Pas plus tard que lundi, des reprises avaient été observées en raison de vents tourbillonnants.

Maéva Lahmi et Tom Becques et Ariel Guez et Charlotte Lesage