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Pour tirer profit du coronavirus, certains internautes spéculent sur les noms de domaine

De bons noms de domaine, achetés au moment opportun, peuvent se revendre à prix d'or.

De bons noms de domaine, achetés au moment opportun, peuvent se revendre à prix d'or. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Crise sanitaire oblige, des internautes opportunistes se sont rués vers des noms de domaine en .com ou .be, liés au coronavirus, en espérant les revendre à prix d'or. L'opération s'apparente bien souvent en France à un coup d'épée dans l'eau.

Elle nécessite du flair, de la réactivité et une bonne dose d'opportunisme. L'achat de noms de domaine, en .com, .info ou .fr, peut s'avérer fructueuse en temps de crise. Pour les "domainers" adeptes de cette activité, il s'agit de miser sur des termes clés porteurs pour mettre la main sur un nom de domaine potentiellement très convoité... et donc revendu très cher aux enchères.

La pandémie de coronavirus actuelle est loin d'échapper à ce schéma. Depuis ses balbutiements, s'arrachent en ligne les noms de domaine liés au coronavirus, au Covid-19 ou encore au SarsCov2. Le rapport d'une société américaine spécialisée en cybersécurité a déjà souligné un fort engouement en la matière: plus de 6.000 nouveaux domaines de ce type auraient été enregistrés chaque jour en mars.

Même constat chez DomainTools, un site également spécialisé dans la cybersécurité. Plus de 120.000 adresses reprenant le terme coronavirus ou ses autres déclinaisons ont été recensées. Les "domainers" ont tiré les leçons de crises passées: en 2014, quelques mois après le début d'épidémie d'Ebola, le site Ebola.com a été revendu pour 200.000 dollars et fait encore figure d'exemple en la matière.

2% du ".fr"

Pour l'Afnic, qui s'occupe de répertorier les noms de domaine en .fr, les premières occurrences du coronavirus sont survenues bien avant l'épidémie. Elles ont notamment, et dans un premier temps, été associées à des sites mettant en avant des programmes de recherche. Tout s'est accéléré mi-février. "Un pic de création de sites surfant sur l'épidémie a été constaté à partir de cette période-là", relate Pierre Bonis, le directeur général de l'association.

Depuis, leur proportion ne cesse de grossir. "Nous en sommes désormais à 2% de noms de domaine directement liés au coronavirus, ce qui reste une proportion normale en temps de crise", complète-t-il. "Cela porte uniquement sur les termes coronavirus et associés. La proportion est plus importante dès lors que l'on intègre les masques et gels hydroalcooliques. Et, dans le lot, tout n'est pas à jeter, loin de là! On trouve également des noms de domaine associés à une activité licite, voire gouvernementale." Ainsi, les adresses "coronavirus.com" ou "covid.fr" renvoient vers le site de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui semble avoir été prévoyante.

À ses yeux, la France reste épargnée par la ruée vers le domaining. "Cette activité reste pour le moment assez minoritaire", juge-t-il. "Mais les comptes devront se faire sur le long terme, sachant que, lorsque l'on enregistre un nom de domaine, on ne procède pas à sa mise aux enchères dans la seconde! Cela peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois." Parmi les noms de domaine les plus convoités, sarscov2.fr, déjà mis en vente pour 10.000 euros.

Les enregistrements de noms de domaine à pures fins de spéculation se noient également dans un lot de sites frauduleux. Ces derniers reprennent les termes liés au coronavirus pour attirer une audience plus grande et garantir un succès plus important à leurs campagnes de hameçonnage, destinées à récupérer des informations confidentielles ou bancaires. D'autres seront des sites d'arnaques, notamment de vente de gels hydroalcooliques et masques défectueux.

Là aussi, l'Afnic a son rôle à jouer. L'association transfère aux autorités des listes de noms de domaine en .fr suspectés de renvoyer vers des arnaques ou produits dangereux, pour déterminer lesquels bloquer, rappelle Pierre Bonis. "Dans cet état de crise sanitaire, nous avons mis en place avec la DGCCRF (l'Autorité de la concurrence) des dispositifs plus rapides de blocage des noms de domaine", avertit-il.

"En fonction de l'urgence, il peut arriver que l'on nous demande de bloquer des noms de domaine au niveau du registre, ce que l'on peut désormais faire sans passer par les procédures habituelles, et donc en étant beaucoup plus réactifs." Ce qui devrait, à ses yeux, dissuader tout un chacun de se lancer dans de telles magouilles.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech