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Nom de domaine historique, le ".org" est-il en danger?

La carte du monde sous le prisme des noms de domaine.

La carte du monde sous le prisme des noms de domaine. - Nominet.

Le ".org", longtemps détenu par une association, passe entre les mains d'un fonds d'investissement privé. Derrière cette passation, des doutes surgissent quant à l'avenir de ce nom de domaine presque aussi vieux que le Web.

Il est là depuis les balbutiements du Web. Le nom de domaine ".org", au même titre que le ".com" ou le ".net" est l'un des plus anciens de la toile et s'est fait connaître du grand public dans le courant des années 1990. Jusqu'alors, ce nom de domaine avait mené sa vie, sans traumatisme majeur. Mais le 13 novembre, une annonce est venue ébranler sa paisibilité: jusqu'alors géré par une association à but non lucratif, le .org passera bientôt sous l'égide d'une société d'investissement privée - à but lucratif, donc -: Ethos Capital. 

La nouvelle, inattendue, est venue secouer la communauté du logiciel libre et des experts en informatique. Ainsi d'Alexis Kauffmann, fondateur de Framasoft, une association de défense et de promotion du logiciel libre, ou de Stéphane Bortzmeyer, libriste et ingénieur français. Tous deux ont, entre autres, fait part de leurs inquiétudes sur Twitter.

10 millions de sites

Pour rappel, le ".org" est traditionnellement prisé des associations, fondations ou sites institutionnels. Il a ainsi été choisi par le service de pétitions Change ou encore par Internet Archive, un projet américain d'archivage des sites Web.

"Aujourd'hui, environ 10 millions de sites comprennent la terminaison .org", rappelle Pierre Bonis, directeur général de l'AFNIC, l'organisme qui gère le ".fr", auprès de BFM Tech. "Il n'y a néanmoins nulle vérification à l'entrée et tout le monde peut créer son site avec ce nom de domaine". La preuve: l'un des sites de téléchargement illégal les plus connus au monde, The Pirate Bay, a mis le grappin sur ce nom de domaine.

L'administration de ce nom de domaine par une entreprise privée, et non plus par un organisme à but non lucratif, rend donc circonspects les experts. Ce changement va à l'encontre-même du projet initial du ".org". 

"L'annonce de ce rachat nous a énormément surpris", confie ainsi Pierre Bonis. "Nous avions même un peu de mal à y croire. Et ce, pour plusieurs raisons: il est toujours surprenant de voir un organisme à but non lucratif céder ainsi l'une de ses plus grandes richesses, dans une pure logique de marché; le ".org" rapportait encore beaucoup d'argent, et il n'y avait pas de nécessité de s'en délester a priori". 

Des tarifs en hausse?

Véritable bouleversement ou simple émoi d'experts? Les inquiétudes de la communauté s'appuient également sur une raison légitime:

 "La grande partie des fonds récoltés grâce au .org était reversée à une association qui œuvre à la structuration d’internet: l'IETF, qui a un rôle central dans le bon fonctionnement d'Internet", précise Pierre Bonis, en craignant que le rachat ne vienne changer la donne. "Cette association bénéficie en effet du travail acharné d'ingénieurs qui font évoluer les protocoles d'Internet depuis la fin des années 80."

L'autre principale inquiétude tient à des hausses de prix, répercutées sur les internautes désireux de choisir ce nom de domaine pour leur site. Depuis juin, l’ICANN, une autorité de régulation de Internet, a d'ailleurs levé le plafond jusqu'alors en vigueur pour les noms de domaine en ".org". Le tout, malgré la désapprobation générale. En sus, Ethos Capital, la société d'administration qui viendra administrer cet ancien du Web, ne s'était jamais illustrée dans le secteur. Son adresse, EthosCapital.org, n'a d'ailleurs été enregistrée qu'en mai de cette année. 

Pour Andrew Sullivan, à la tête de l'entité acquise par Ethos, le rachat est néanmoins à prendre avec sérénité. La société d'investissement comprend à ses yeux un "mélange idéal d’expertise, d’expérience et de valeurs partagées pour faire progresser les objectifs du .org" ainsi qu'"une compréhension approfondie des subtilités de l’industrie des domaines". Probablement la moindre des choses pour un ovni du secteur jusqu'à présent inconnu au bataillon.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech