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Nos photos de famille utilisées pour améliorer des outils de surveillance

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Disponible depuis plusieurs années sur iOS et Android, l’application Ever stocke les photos de millions d’utilisateurs. Une base de données désormais utilisée pour améliorer des outils de reconnaissance faciale.

Côté pile: une sympathique plateforme qui vous aide à partager des photos avec votre grand-père. Côté face: un nouveau mastodonte de la reconnaissance faciale, qui propose ses services à toutes les organisations, y compris militaires. Ce double visage est celui d’Ever, une application de stockage de photos créée en 2013, proposant d’enregistrer et partager ses albums de famille.

Comme le révèle une enquête du média américain NBC News, Ever a décidé de faire évoluer son activité il y a deux ans et demi, pour se transformer en vendeur d’outils de reconnaissance d’image. Un modèle économique bien plus lucratif que la vente de fonctions “premium” de son application de gestion de photos.

13 milliards d’images

Pour parfaire leurs outils de reconnaissance faciale, les spécialistes du domaine doivent bénéficier d’une base de données la plus large possible. Et Ever dispose d’un avantage de choix: les 13 milliards de photos et vidéos stockées sur ses serveurs par ses millions d’utilisateurs à travers le monde.

Grâce à cette gigantesque banque d’images, la firme peut entraîner ses algorithmes à reconnaître des visages, des émotions, mais également un genre, un âge, ou encore une origine ethnique, explique NBC News.

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- © Ever AI

A l’arrivée, l’outil est commercialisé via l’entreprise Ever AI à des clients privés (comme des entreprises à la recherche de solutions pour sécuriser les paiements ou mieux identifier leurs salariés) ou publics (comme la police ou l’armée).

Dans un communiqué de presse publié fin 2018, Ever AI se vantait de proposer l’une des solutions les plus performantes du marché. “Nos options de déploiement flexibles [...] font de notre plateforme le meilleur choix dans le domaine de l’authentification, du contrôle d’accès, de la sécurité et de la surveillance” expliquait Doug Aley, PDG de l’entreprise.

Les utilisateurs peu informés

“Ils utilisent des photos de famille provenant d’une application privée pour mettre au point des technologies de surveillance. C’est très préoccupant.” s’alarme Jacob Snow, avocat spécialisé dans les nouvelles technologies pour l’Union américaine pour les libertés civiles, auprès de NBC News. De son côté, Ever a récemment mis à jour ses conditions d’utilisation.

“Ever utilise la reconnaissance faciale pour ses services. Vos fichiers peuvent être utilisés pour améliorer et entraîner nos produits et ces technologies. Certaines de ces technologies peuvent être utilisées dans d’autres produits vendus à des professionnels, incluant notre service de reconnaissance faciale” peut-on désormais lire sur le site d’Ever. Une mise en garde dont bien peu d’utilisateurs ont pris connaissance.

Largement utilisée dans certains pays étrangers, mais également en France, la reconnaissance faciale est régulièrement au centre des débats sur la vie privée. A ce titre, Google s’est récemment engagé à ne pas commercialiser son système, mis au point en analysant les millions d’images dont l’entreprise dispose. Si Amazon est plus discret sur le sujet, Microsoft s’était également ému des dangers de cette technologie. Ce qui n’a pas empêché l’entreprise de mener des recherches avec des universitaires affiliés à l’armée chinoise, dans un pays où la reconnaissance faciale est utilisée pour surveiller certaines tranches de la population.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech