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Jouets connectés, réseaux sociaux: comment les publicitaires collectent des données sur vos enfants

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Selon un rapport de la commissaire à l’enfance Britannique, un individu cumule 70 000 données à son sujet sur le Web, avant même sa majorité.

Publier la photo de son enfant sur Internet n’est pas innocent. D’une part parce que ce geste d’apparence anodine ne prend pas en compte le consentement de l’enfant, d'autre part car il permet aux entreprises de collecter des données pouvant impacter son futur. Anne Longfield, la commissaire à l’enfance en Angleterre - chargée de promouvoir et de protéger les droits de l’enfant - a publié fin novembre le rapport "Qui sait quoi à propos de moi", qui examine comment les données des enfants sont recueillies, a repéré Vox.

Selon ce rapport, les parents d'un enfant de 13 ans ont posté en moyenne 1300 photos et vidéos de lui sur les réseaux sociaux. Ce nombre explose au moment où les enfants commencent à les utiliser, parfois bien avant la limite légale fixée à 13 ans pour la plupart d'entre eux. Aujourd'hui, quand un enfant atteint l’âge de 18 ans, 70 000 informations à son sujet existeraient déjà sur Internet. Les photos postées sur les réseaux sociaux ne sont pas la seule source de données. Les objets et jouets connectés, les tablettes et les smartphones en sont également.

"Nous devons réfléchir à ce que cela signifie pour la vie actuelle des enfants. Mais aussi à comment cela impactera leur vie d’adulte", écrit Anne Longfield dans son rapport.

Même publier un message pour annoncer une naissance peut s’avérer dangereux, alertent des experts en sécurité de Barclays dans le document. Ce contenu révèle le prénom et le nom de l’enfant, ainsi que sa date de naissance. Selon ces experts, des cas d'usurpation d'identité de mineurs approchant les 18 ans ont déjà été recensés, par exemple pour des demandes frauduleuses de prêts ou de cartes de crédit.

Des données sur un entant pas encore né 

Glaner des données sur les enfants n’a pas forcément un but criminel. Mais petit à petit, les entreprises finissent par tout savoir. De l’adresse de l’école, grâce à la géolocalisation d'une photo postée par un parent le jour de la rentrée, à leurs déplacements, via les données de leur smartphone. Les jouets connectés sont également des aspirateurs à données, tout comme les enceintes connectées. Début 2017, le piratage de la base de données des jouets de la marque CloudPets avait permis à des hackers d'accéder aux adresses mail, mots de passe et enregistrements vocaux de 800 000 utilisateurs.

Si de nombreuses données sont transmises directement, comme les recherches sur le Web ou les partages de contenus, d'autres se basent sur des prédictions. Le New York Times a montré comment des entreprises utilisent les recherches et achats de produits liés à la grossesse pour cibler les femmes avec des publicités mettant en avant des produits pour bébé. En étudiant les achats des futures mères, ces firmes déterminent l'avancement de la grossesse, ou le sexe de l'enfant.

Quel impact sur l'enfant? 

La publication de photos d'enfants en bas âge peut ensuite susciter un sentiment de honte. Une Autrichienne de 18 ans a poursuivi ses parents en justice pour avoir publié des photos embarrassantes d'elle lorsqu'elle était enfant. Des parents qui ne sont parfois pas conscients de l'impact psychologique que peuvent avoir ces contenus. Une étude de l'institut OnePoll pour McAffee a montré que 34% des parents ne se demandent pas si leur enfant consentirait à la publication d'une photo. Un quart d'entre eux jugent notamment qu’il est trop jeune pour décider si la photo devrait être partagée.

À quoi pourraient servir les montagnes de données récoltées sur les enfants? Pour des publicités ciblées, c'est certain. Mais pour le reste, impossible de le prédire. Le rapport d'Anne Longfield conseille toutefois aux parents d'être prudents. Ces derniers sont par exemple invités à prendre des précautions de sécurité avec les jouets connectés et éviter toute publication d'informations privées concernant leurs enfants.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech