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GPS, Bluetooth, réseau: comment votre smartphone va être utilisé contre le coronavirus

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Face aux nombreuses possibilités de surveillance offertes par nos smartphones, le gouvernement doit choisir parmi plusieurs solutions, plus ou moins respectueuses de la vie privée. Voici la liste de ce qui est possible, et réellement envisagé.

Dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus, les applications de suivi de la population sont depuis plusieurs jours au centre du débat. En France, aucune application de ce type n’est en cours de développement, rappelait ce 1er avril Cédric O, secrétaire d'État chargé du Numérique, à BFM Tech. Mais lors de son audition par la mission d’information de l’Assemblée nationale, Edouard Philippe n’a pas totalement exclu cette solution, comme le rapportent nos confrères de Next INpact.

“On pourrait peut-être, sur le fondement d’un engagement volontaire, utiliser ces méthodes pour mieux tracer la circulation du virus et les contacts de chacun, mais nous n’avons pas aujourd’hui d’instrument légal qui rendrait obligatoire ce tracking” s’est expliqué le chef du gouvernement ce 1er avril, sur la question d’une application de “tracking” de la population. Autrement dit: le gouvernement n’exclut pas de proposer une application de suivi, mais uniquement sur la base du volontariat.

Voici la liste de ce que le suivi de nos smartphone peut permettre de faire, et de ce qui est réellement envisagé dans l’Hexagone. Cet article sera mis à jour en fonction des annonces du gouvernement.

Ce qui est possible (mais pas envisagé)

Surveiller le respect du confinement par le GPS

C’est la méthode la plus intrusive et la plus répressive: grâce à une application obligatoire faisant appel aux données GPS, le gouvernement pourrait suivre chaque habitant à la trace, à quelques mètres près, afin de s’assurer que chacun reste à son domicile. Un tel procédé est par exemple utilisé à Taïwan. Mais cela suppose d’obliger chacun à posséder un smartphone, à le laisser allumé à tout moment, et à le garder avec soi. Les autorités devraient mettre en place des contrôles, par exemple en appelant les citoyens afin de vérifier qu’ils gardent leur mobile à leurs côtés.

Surveiller le respect du confinement par les antennes-relais

En Suisse, l’opérateur Swisscom a noué un partenariat avec le gouvernement afin de signaler d’éventuels regroupements. Pour cela, il met à profit ses antennes-relais, auxquelles tout mobile se connecte pour passer un appel ou envoyer un SMS. Ces dernières analysent le nombre de connexions simultanées (en respectant l’anonymat des utilisateurs) dans les endroits publics, sur un périmètre défini. De nombreuses cartes SIM détectées pouvant signifier l’existence d’un regroupement illégal.

Repérer les contacts avec un malade par le GPS

Le suivi par GPS est également utilisé -notamment en Israël- pour suivre les interactions des utilisateurs de smartphone. Le but étant de retracer l’historique de tous les déplacements sur une période donnée et de les croiser avec les déplacements des utilisateurs testés -par la suite- positifs au coronavirus. Une stratégie très intrusive et peu respectueuse de la vie privée, qui implique aussi bien de partager sa position en temps réel que sa situation médicale.

Ce qui est possible (et envisagé)

Repérer les contacts avec un malade par le Bluetooth

Une autre solution, déjà utilisée à Singapour, est de faire appel à la fonction Bluetooth du smartphone, qui détecte les appareils électroniques compatibles -dont les smartphones- placés à quelques mètres. Ce qui permet de créer une liste des machines détectées, accolées à un identifiant unique (voire anonyme), et d’envoyer une alerte aux personnes croisées en cas de contamination. 

Une application basée sur le Bluetooth aurait pour principal avantage d’être moins intrusive, en ne générant qu’une liste de mobiles ayant été détectés autour de l’utilisateurs au cours d’une période donnée, sans stocker de données de géolocalisation. Elle aurait également pour intérêt d’être bien moins gourmande en énergie qu’un procédé faisant appel au capteur GPS. 

C’est cette méthode qui semble aujourd’hui privilégiée par le gouvernement, avec une application que chacun resterait libre de télécharger ou pas. Elle aurait cependant deux limites: tout d’abord, le risque d’une adoption faible par la population, impliquant une moindre efficacité. Ensuite, l’impératif de tests massifs de la population, afin qu’un nombre suffisant d’alertes puisse avoir un réel effet sur l’épidémie.

Ce qui est possible (et déjà utilisé)

Créer des statistiques grâce aux antennes-relais

Le 26 mars, Orange annonçait qu’un million de Franciliens avaient quitté la région parisienne et que la population de l’Île de Ré avait augmenté de 30%, après le début du confinement. Ces statistiques proviennent directement des antennes-relais, réparties sur toute la France, qui permettent de décompter au jour le jour le nombre de smartphones qui s’y connectent. Donnant ainsi une estimation fiable de l’évolution de la population. 

Ces données, qui sont désormais partagées par tous les principaux opérateurs européens, sont agrégées et totalement anonymes. Elles sont transmises aux autorités locales, ainsi qu’aux principaux services sanitaires. Ces derniers peuvent ainsi mieux appréhender les afflux de population, et d’éventuels nouveaux foyers de contamination.

https://twitter.com/GrablyR Raphaël Grably Chef de service BFM tech