BFM Business

Facebook: une enquête révèle le calvaire des modérateurs américains

-

- - Sous licence Creative Commons CC0

Ces "éboueurs" du web passent plusieurs heures chaque jour à lire et modérer des contenus Facebook pour 15 dollars de l'heure. Une enquête de The Verge dénonce leurs conditions de travail.

Il est le "pire", le plus "déprimant" métier du monde. Une nouvelle enquête dépeint les conditions de travail des modérateurs du Web. Leur travail? Analyser certains contenus et décider s’ils doivent ou non rester en ligne. Chaque jour, ils sont confrontés aux pires images: terrorisme, pédophilie, meurtre… Une partie d'entre eux se trouvent aux Philippines, payés 2 à 6 dollars de l’heure. D’autres sont aux Etats-Unis. Certains, qui travaillent pour une entreprise sous-traitant ses services de modération à Facebook, ont accepté de se raconter à The Verge, un média américain spécialisé.

La souffrance psychologique de ces petites mains est connue et reconnue. Plusieurs enquêtes et reportages en attestent. Facebook assure avoir mis en place un soutien psychologique pour ses milliers de modérateurs. Sans préciser en quoi il consiste exactement. Avant de devenir "éboueur" d’internet, le géant impose de suivre une formation pour s’entraîner les personnes à voir quotidiennement des messages choquants.

Drogues pour décompresser 

The Verge a pu échanger avec une douzaines d’anciens et actuels employés de l’entreprise Cognizant à Phoenix, à laquelle Facebook délègue la modération de ses contenus. Tous ont signé un accord de non-divulgation dans lequel ils s’engagent à ne pas parler de leur travail pour le réseau social, et donc des conditions dans lesquelles ils ont œuvré. Mais sous pseudonyme, ils décrivent une ambiance de travail chaotique. Certains dédramatisent à coup de blagues sur le suicide et d’autres fument de l’herbe pendant leurs pauses pour décompresser.

Du fait de la difficulté du travail et de l’interdiction faite aux employés de parler à leurs proches de leur activité, des liens se créent rapidement entre les modérateurs. Pour les empêcher d’avoir des relations sexuelles au travail, la direction a fait retirer une partie des verrous. Y compris dans la salle dédiée à l’allaitement.

9 minutes consacrées au bien-être par jour 

Pendant leur travail, les papiers et stylos sont interdits. Il ne faut pas prendre le risque qu’un employé note des informations sur un utilisateur Facebook. Chaque jour, les modérateurs ont droit à 9 minutes de "bien-être". Ils sont censés l’utiliser dès qu’ils se sentent psychologiquement instables.

À force d’être confrontés à des discours conspirationnistes, certains commencent à douter de vérités. Un ancien employé confie à The Verge avoir commencé à remettre en question certains aspects de l’Holocauste. Un autre ne pensait plus que le 11 septembre était le fait de terroristes et dormait avec une arme à feu à ses côtés pour se protéger. Pour leur travail, les modérateurs de Cognizant sont payés 15 dollars de l’heure (13,20 euros), soit 4 dollars de plus que le salaire moyen dans l’Arizona.

Une main d’œuvre pas chère pour Facebook. Car un employé moyen de Facebook touche en moyenne 240.000 dollars (211.192 euros) par an. Bien loin des 28.000 dollars annuels des modérateurs de Cognizant. 

Facebook réagit 

Après l’enquête de The Verge, Facebook a publié un communiqué mercredi sur le sujet. Le géant rappelle que des visites régulières sont organisées sur les sites de modération pour "observer" et "résoudre tout problème". Malgré tout, Facebook s’engage à mettre en place des contrôles plus réguliers pour vérifier que les entreprises partenaires "respectent les contrats et les soins que nous attendons"". Il y a quelques semaines, un groupe de modérateurs d’Austin avaient dénoncé auprès de Business Insider les conditions "inhumaines" dans lesquelles ils travaillaient. Facebook avait justifié ce problème par le non-respect et l’incompréhension de sa politique par l’entreprise qui les employait.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech