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Facebook a payé des jeunes adolescents pour épier leur smartphone

La moitié des adolescents américains reconnaît passer trop de temps sur son smartphone

La moitié des adolescents américains reconnaît passer trop de temps sur son smartphone - Sous licence Creative Commons CC0

Depuis 2016, Facebook propose à de jeunes utilisateurs de participer à une "étude" en échange de 20 dollars par mois. De nombreuses données ont ainsi été récoltées, y compris sur des applications chiffrées.

L'affaire ne va pas redorer l’image du réseau social, déjà écornée par différents scandales. Une enquête du site américain TechCrunch révèle que Facebook a épié les faits et gestes d’utilisateurs âgés de 13 à 35 ans depuis 2016, via un service appelé "Facebook Research". Le tout, en échange de bons cadeaux de 20 dollars par mois.

Pour ce faire, l'entreprise a repris le fonctionnement de son application "Onavo Protect", un outil censé protéger les données personnelles de l'utilisateur. Grâce à un système de VPN, il était capable de protéger son identité en ligne. L'application a finalement été bannie par Apple en août 2018 pour avoir espionné les utilisateurs. Rachetée en 2013 par Facebook, Onavo enregistrait discrètement l'activité des utilisateurs dès lors qu'elle était utilisée, transmettant toutes les données au siège du réseau social.

Facebook avait ainsi pu constater que le service de messagerie WhatsApp était deux fois plus utilisé que son application maison Messenger. Ce qui avait conduit le géant à racheter WhatsApp pour la coquette somme de 22 milliards de dollars en 2014.

Quelles données personnelles récoltées? 

Depuis 2016, Facebook a repris le principe d'Onavo Protect pour sa plateforme "Facebook Research". Toujours pour pister les moindres fais et gestes des utilisateurs - à commencer par ceux de jeunes adolescents, mais cette fois en les rémunérant en bons cadeaux. Son nom de code: Projet Atlas.

Pour attirer les internautes, Facebook n'a pas posté d'annonce en son nom. La firme est passée par des services tiers comme Applause, BetaBound et uTest, spécialisés dans les tests d'applications. Il est impossible de savoir précisément quelles données ont été récoltées par Facebook. D'après l'aperçu retrouvé par TechCrunch sur le site d’Applause, presque toutes les informations qui transitaient sur un mobile participant au programme étaient susceptibles d'être récoltées.

"En utilisant ce logiciel, vous donnez la permission à notre client (Facebook, ndlr) de recueillir des données qui l'aideront à comprendre comment vous naviguez sur Internet et comment vous utilisez les fonctions des applications que vous avez installées. (…) Dans certains cas, notre client collectera ces informations même lorsque l'application utilise le chiffrage ou à partir de sessions de navigation privées", précise le site.
Une publicité Utest qui propose sans le mentionner de participer au Facebook Research
Une publicité Utest qui propose sans le mentionner de participer au Facebook Research © TechCrunch

Facebook craint une sanction d'Apple

Peu de temps après la publication de l’enquête de TechCrunch, Facebook a fait savoir qu’il allait supprimer la version iOS de son service "Facebook Research". Pour l'instant, il n'est pas question de le rendre indisponible sur les smartphones Android. 

Ces révélations pourraient au passage détériorer les relations déjà houleuses entre Facebook et Apple. Tim Cook, le PDG de la firme de Cupertino, avait critiqué la monétisation des donnés des utilisateurs Facebook, après le scandale Cambridge Analytica.

Facebook semble prêt à tout pour rester leader sur le marché. Le ciblage d’individus de 13 à 35 ans n’est pas anodin. Facebook s’intéresse particulièrement à ce que font les adolescents sur leur smartphone. Ces derniers ont massivement quitté le réseau social pour se tourner vers d’autres services comme Tik Tok. Ou Instagram, qui appartient également à Facebook depuis 2012.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech