Tech&Co
Vie numérique

EnjoyPhoenix, Tibo InShape... Quand les politiques misent sur les influenceurs pour parler aux jeunes 

Tech & Co
Depuis l'année dernière, le gouvernement mise sur les influenceurs pour toucher un public plus jeune. En payant des campagnes de communication ou en acceptant les invitations de personnalités sur internet.
“Les jeunes ne s’intéressent tellement pas à la politique qu'ils ne savent pas ce qu'il se passe vraiment. C’est aussi parce qu’on ne leur donne pas l’occasion de voir que les politiques sont des gens comme tout le monde. C’est un peu le but de cette journée”, détaille Marie Lopez aux côtés de Brune Poirson, qui acquiesce.

La youtubeuse de 24 ans - à la tête de la chaîne EnjoyPhoenix (3,62 millions d'abonnés), a suivi la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire pendant 24 heures, au gré des réunions et des interviews pour une vidéo publiée le 22 février.

L’équipe de la ministre a assuré à BFM Tech que Marie Lopez n’avait pas été rémunérée par le gouvernement pour réaliser cette vidéo. À la différence d’autres youtubeurs. 

La promotion polémique du SNU 

L’année dernière, deux influenceurs et un youtubeur suivis par des millions de personnes, avaient été vivement critiqués pour avoir mis en avant le Service national universel (SNU) créé par le gouvernement sur Instagram et sur YouTube à coups de vidéos élogieuses. Plusieurs médias s’étaient alors interrogés sur la contrepartie perçue par ces influenceurs.

Un porte-parole de Gabriel Attal, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, avait finalement reconnu auprès de l’AFP que Sundy Jules (1,34 million d'abonnés sur YouTube), Enzo, Tais-Toi! (1,18 million d'abonnés) et Tibo InShape (6,83 millions d’abonnés) avaient bien été payés par le gouvernement. “C'est la même chose que d'acheter de l'espace dans un journal” s’était défendu le secrétaire d’Etat. Sans donner de montant exact.

Des ministres et le Président de la République sur YouTube 

Pour toucher les jeunes, le gouvernement ne mise pas que sur les campagnes de communication rémunérées. Ses membres acceptent aussi des interviews avec des personnalités très suivies sur internet, comme ce fut le cas de Brune Poirson avec EnjoyPhoenix. 

Quelques mois avant la polémique générée par la promotion du SNU, le grand débat s’était ainsi transposé durant 11 heures sur Twitch, une plateforme appartenant à Amazon, plus utilisée pour diffuser des parties de jeu vidéo que des débats politiques. Sur un plateau animé par Hugo Travers de la chaîne YouTube Hugo Décrypte et Jean Massiet, responsable de la chaîne Accropolis, dix membres du gouvernement s’étaient succédé, du Premier ministre Edouard Philippe au ministre de la Culture, Franck Riester. 

A l'approche des élections européennes, le gouvernement avait de nouveau misé sur Hugo Travers, désormais converti à l’exercice de l’interview politique après l’expérience du grand débat sur Twitch et une intervention sur le plateau de l’Emission politique face à Marine Le Pen. Fini les ministres, le vidéaste de 22 ans monte en grade. Le président de la République lui accorde une interview de près d’une heure diffusée en direct sur sa chaîne YouTube. Le but: combattre l’abstention des jeunes électeurs, deux jours avant le premier tour des élections Européennes.

Difficile de savoir si ces interventions ont une influence sur le public ciblé. Si l'on en juge les commentaires, la vidéo de Marie Lopez dans laquelle elle “se met dans la peau d’une ministre” a reçu un bon accueil. A l'origine de ce projet, une rencontre entre la vidéaste et Brune Poirson l’année dernière pour évoquer, avec un autre instagrameur, les questions de transition écologique. 

C’est à ce moment-là qu’elles auraient convenu de se revoir pour en parler plus longuement. “Il ne faut pas mettre au même niveau la vidéo de Marie Lopez et les vidéos liées à des promotions de politiques publiques mises en place par le gouvernement”, a précisé l'équipe de la Secrétaire d'Etat. 

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech