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Haltères, golf, natation: les étudiants condamnés aux cours de sport sur Zoom racontent

Illustration d'une haltère

Illustration d'une haltère - Pixabay

Entre décrochage, ténacité et désespoir, les étudiants contraints de suivre leurs cours de sport en ligne pour valider leur année s’accommodent de leur sort. Et y trouvent parfois leur compte.

Huit heures, un mardi matin de mars. Lucas, étudiant en sécurité informatique, s’éveille, et la webcam de son ordinateur portable avec lui. En ce premier confinement, les cours de sport n’ont pas été suspendus et ont basculé en ligne. Pour la première fois, les séances de golf auxquelles les étudiants étaient inscrits doivent se tenir en virtuel.

Pris au dépourvu, le professeur s’essaie à l’envoi de trois vidéos de la Fédération française de golf et estampillées #golfezchezvous. L'une d'entre elles promet de revisiter l’utilité des chaises, ces "nouveaux accessoires de golf pendant le confinement !".

Malheureusement, le professeur de sport saisit très rapidement les limites de cet exercice. Il propose de passer, pour les futures séances, à du simple renforcement musculaire. Dispensé de sport pour raisons médicales, Lucas doit néanmoins suivre chacun de ces rendez-vous virtuels, pour rédiger un rapport sur les sessions de ses camarades de TD: ces dernières vont "du plus classique - gainage planche, pompes - au plus exotique", se remémore-t-il, en faisant référence à un "soulevé de packs de laits" face caméra.

Une position à réaliser chez soi.
Une position à réaliser chez soi. © Lucas

D’un gymnase à 8m²

"Allumer sa caméra pendant la session était quasi obligatoire. Les professeurs ont désactivé l’option "enregistrer la réunion" pour nous rassurer et pour des raisons de vie privée", explique-t-il.

Une fois connectés, les étudiants dictent, un par un, leurs exercices - dont des abdos-fessiers et petits moulinets de coude ou de genoux - aux autres, en corrigeant à l'oral leurs camarades qui ne les réaliseraient pas correctement.

"Déjà que la motivation est très dure à trouver pour les cours en visio normaux, elle l’est encore plus pour faire du sport devant sa webcam. Ce qui explique en grande partie la multitude d’élèves ayant mystérieusement eu des problèmes de connexion internet les mardis matin", relève Lucas, qui suit par ailleurs l'intégralité de ses cours en ligne, depuis son bureau.

L'un de ses camarades, d'une autre promotion, aura eu droit à un professeur plus tenace. Ce dernier a tenu à évaluer, malgré les contraintes sanitaires, le niveau de golf de ses étudiants. "Il fallait se filmer en faisant un mouvement de swing avec un manche à balai, et envoyer sa vidéo. Puis le professeur évaluait le mouvement", concède-t-il, un brin dépité.

Comme Lucas, des milliers d’autres étudiants ont dû suivre leurs cours de sport théoriques mais aussi pratiques en visioconférence, durant les premiers et seconds confinements, et continuent à subir la situation.

Rivés à leurs écrans pour leurs séances de sport comme pour l'intégralité de leurs cours, ils accusent un épuisement notoire. Un appel à la grève a été lancé pour le 26 janvier.

"J’avais droit à trois absences justifiées, au-delà desquelles j’étais considérée "défaillante"", explique Marie*, étudiante en histoire à la Sorbonne, qui a dû répondre présente à l’appel de chaque cours de fitness, depuis sa chambre de 8m2.
"Il m'est arrivé de me connecter au cours d'un ami à sa place et de simuler sa connexion tout au long de la séance", confie Sylvain, bac +4 dans une école d’ingénieur. "Ne pas suivre un cours revient à une absence, mais il suffit de se connecter au Zoom pour être compté comme présent - y compris depuis un train, un supermarché, etc." détaille-t-il.

À distance, ses cours de sport ont en l’occurrence pris la forme de points hebdomadaires avec son professeur, avec pour priorité de faire un minimum de sport et de "sortir de la position assise".

"Le déroulement des cours était assez simple puisqu'il ne nous était pas demandé de faire du sport en direct - notre professeur compte sur notre honnêteté. Il s’agit d'une courte conversation avec la classe pendant environ un quart d'heure, pour savoir si quelqu'un a rencontré des difficultés pour faire du sport pendant la semaine passée.

Cela peut aller de la blessure au fait d'avoir un appartement mal isolé comme le mien: j'ai dû me retenir de faire des jumping jacks, pour ne pas insupporter les voisins" résume Sylvain.

Sortir de la position assise

Chaque point hebdomadaire prend fin avec un appel général. Surtout, les étudiants sont tenus d'envoyer un "carnet de bord" de leurs activités respectives, en notant scrupuleusement l’évolution de leur état physique. "Il est primordial pour votre santé que vous mainteniez une activité physique durant toute la période de confinement", est-il inscrit en tête de ce carnet de bord numérique.

Pour continuer à faire du sport malgré tout, chacun sa méthode. Pour Sylvain, les cours de sport en plein confinement auront rimé avec des Zoom entre étudiants, face à des vidéos YouTube, dont celles du youtubeur TiboInShape.

Certains se sont montrés moins assidus. Thomas, étudiant dans la même école, admet avoir décroché. Sauts à la corde, squats avec "charge sac à dos", haltères, pompes, "thrusters": les exercices proposés en vidéo par son professeur, tout droit inspirés du très populaire crossfit, n’ont pas fait le poids face aux tentations environnantes.

Je n'ai pratiqué aucun exercice demandé, malheureusement", reconnaît-il, en envoyant des exemples de séances imposées, dont l'une placée sous un impératif "d'intensité".

"Pour me dépenser, je jouais à des jeux vidéos qui font bouger un minimum: Just Dance, ou encore de nombreux jeux sur Oculus Quest qui nécessitent de bouger de tout son corps pour jouer (VR workout, Beat Saber, etc). Notre professeur n'a pas sanctionné les étudiants qui faisaient peu de retours.

Des TD de natation

Pour les étudiants de Staps, qui seront amenés à enseigner le sport ou à devenir entraîneurs, les universités ont parfois coupé la poire en deux. Lorris, étudiant à Mont-Saint-Aignan, suit ainsi ses cours de basket en comité réduit, "dans le respect des règles sanitaires". Seuls les cours théoriques, qui abordent notamment des schémas tactiques, sont prodigués en ligne, sur Zoom ou BigBlueButton. Avec leur lot de complications. "Les présentations sur lesquelles nous avons été évalués sont assez inégales, car tout le monde est loin de disposer de la même qualité de connexion et de micro".

Capucine, elle, suit sur Zoom ses TD de natation. En master MEEF pour "métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation", elle acquiert avant tout par ce biais les notions principales à connaître à propos de ce sport: il s'agit surtout d'apprendre à "guider un enfant dans la piscine, à l'évaluer, à lui apprendre les différentes nages", explique-t-elle simplement auprès de BFM Tech. Autant de cours de sport qui devraient rester sous ce format, si jamais un troisième confinement survenait.

https://twitter.com/Elsa_Trujillo_?s=09 Elsa Trujillo Journaliste BFM Tech