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Alerte enlèvement du petit Hamza: le parquet reconnaît des "dysfonctionnements"

Photo prise le 28 août 2012 à Paris du site internet du ministère de la Justice présentant le dispositif "Alerte enlèvement".

Photo prise le 28 août 2012 à Paris du site internet du ministère de la Justice présentant le dispositif "Alerte enlèvement". - Thomas COEX © 2019 AFP

Mi-décembre, une alerte-enlèvement a été déclenché pour retrouver le petit Hamza, récupéré chez l'assistante maternelle par son père. Ce dernier avait pourtant prévenu les autorités et l'éducatrice de l'enfant.

Le parquet a reconnu lundi des "dysfonctionnements" lors de l'alerte enlèvement déclenchée en décembre contre le père du petit Hamza, dont le procès pour avoir "soustrait" l'enfant à son assistante maternelle a été renvoyé en mars.

"Des dysfonctionnements, je ne vais pas dire qu'il n'y en a pas eu, ce serait se voiler la face", a lancé lundi la procureure adjointe Virginie Valton, devant le tribunal correctionnel de Béthune, où devait être jugé Halim B., 40 ans.

À la demande de plusieurs partis, qui souhaitent plus de temps pour travailler le dossier, son procès pour "soustraction d'enfant par ascendant des mains de la personne chargée de sa garde" a été renvoyé au 14 mars. Lui a été maintenu sous contrôle judiciaire.

Plusieurs erreurs lors des premières investigations

Le 17 décembre, vers 20H, il s'était présenté chez l'assistante maternelle, où était placé son fils dans le cadre d'une séparation conflictuelle, pour l'emmener sans violence. Le "contexte familial inquiétant" avait conduit le parquet de Béthune à déclencher une alerte enlèvement dès le lendemain, vers 6H30, dessaisissant le commissariat de Lens au profit de la police judiciaire de Lille.

Mais selon l'enquête, plusieurs erreurs sont commises lors des premières investigations, à commencer par le téléphone initialement utilisé pour localiser Halim B., qui n'est pas le bon. En outre, le prévenu téléphone à deux reprises au commissariat peu après les faits, et prévient aussi l'éducatrice.

Il se présente même dans les locaux de la police vers 22H, pour déposer une main courante, signalant avoir emmené Hamza parce qu'il "se sentait mal" dans sa famille d'accueil et "faisait du chantage au suicide". Le lendemain, découvrant l'alerte enlèvement, il contacte directement la PJ.

Un dossier "vide"

Il y a eu "une erreur matérielle", des "dysfonctionnements", mais quelques mois auparavant, Halim B. et son fils avaient été "empêchés par les autorités belges d'embarquer à destination des Émirats arabes unis", où la famille a vécu et le père s'est établi, a observé lundi Virginie Valton.

En septembre également, à l'issue d'un droit de visite, il n'avait "pas remis l'enfant à sa mère", et bien qu'il ait appelé les services de police, avait refusé de leur ouvrir la porte. Avant d'entamer "trois mois d'errance" avec son fils, a-t-elle encore rappelé.

"Ce dossier est vide. Je n'ai fait que répondre à l'appel de détresse de mon fils, qui m'a dit qu'il se sentait en danger", a déclaré Halim B. devant le tribunal. "J'ai fait ce que n'importe quel papa aurait fait." L'enquête a confirmé que l'enfant avait bien demandé à son père de venir le chercher et s'était précipité dans sa voiture.

"Exposé à la vindicte judiciaire"

L'affaire est "rocambolesque", a fustigé pour la défense Me Damien Legrand, pour qui la procédure "n'est fondée sur rien du tout".

"On doit à des fonctionnaires de police le fait qu'ils n'aient pas pris en compte la déclaration de main courante qu'il faisait dans un bureau, alors que dans l'autre bureau du même commissariat un collègue appelle le procureur de la République!", a-t-il pointé. Il a déploré que "la procureure continue de maintenir que tout cela est normal".

Son client "a été exposé de manière indue à la vindicte judiciaire", a-t-il souligné, regrettant qu'il ait "eu son visage présenté sur toutes les chaînes de télévision".

B.R. avec AFP