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Viticulture: Jean Castex annonce près de 80 millions d'euros d'aides supplémentaires

Jean Castex annoncé 76 millions d'euros d'aides supplémentaires à la filière. Ils s'ajoutent à une première enveloppe de 170 millions promise en mai par Edouard Philippe.

Un "effort de solidarité". En déplacement à Sancerre (Cher) ce mercredi, Jean Castex a annoncé un renforcement des aides financières pour la filière viticole, durement touchée par les conséquences de la pandémie. Des professionnels qui attendaient avec impatience un geste à l'approche du début des vendanges.

Alors que le gouvernement, à l'époque dirigé par Edouard Philippe, avait accordé en mai une première enveloppe de 170 millions d'euros au secteur (dont 155 millions pour financer la distillation des excédents de vin), son successeur Jean Castex a annoncé un renforcement de ces aides à hauteur de 80 millions d'euros. "J'ai demandé à ce que ces aides puissent être distribuées le plus rapidement possible car les besoins en trésorerie (...) sont forts", a ajouté le Premier ministre.

Jean Castex a précisé que ces aides seraient destinées à améliorer le stockage des surplus et accroître la distillation des invendus. "Dans tous les cas, nous avons fait le choix évidemment de permettre à ces entreprises de passer cette crise dans les meilleures conditions possibles", a-t-il assuré. Ce coup de pouce "est un soulagement pour la filière viticole", a ensuite réagi Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et surtout viticulteur dans l'Hérault.

1,5 miliard d'euros de manque à gagner

Au total, les viticulteurs estiment que la crise sanitaire a engendré un manque à gagner d'au moins 1,5 milliard d'euros en raison de la mise à l'arrêt des bars, restaurants, rassemblement festifs et du tourisme. A la crise liée à la pandémie, s'ajoute l'effet des sanctions américaines prononcées fin 2019 sur les vins de moins de 14 degrés (hors vins à bulles).

"On s'est senti abandonné avec les taxes Trump, alors que l'on représente une bonne part des exportations", a déploré Olivier Luneau, propriétaire du domaine Jean-Teiller à Mennetou-Salon, juste avant l'arrivée de Jean Castex. Selon les représentants du secteur, la filière viticole française nécessitait un doublement des aides accordées jusqu'à présent (européennes et nationales), soit 350 millions d'euros au total, pour faire face à la crise.

2,6 millions d'hectolitres à distiller

"Je regrette néanmoins que cette aide de 246 millions d'euros prenne une partie du budget européen consacré à la viticulture", a toutefois souligné Jérôme Despey, en appelant à utiliser les fonds communautaire pour "des mesures structurantes pour les viticulteurs plutôt que pour des mesures de gestion de crise" Selon lui, 119 millions d'euros viennent de crédits d'Etat français, et 127 millions sont pris "sur le budget viticole européen".

Dans le détail, l'enveloppe additionnelle doit servir à renforcer les aides à la distillation (+56 millions, 211 au total) et au stockage des excédents (+20 millions, 35 millions au total). Le dispositif de distillation, permis par Bruxelles et financé sur fonds européens, subventionne la transformation des vins invendus en alcool qui servira dans la fabrication de bioéthanol, de parfums ou de gel hydroalcoolique.

Ce seront donc quelque 2,6 millions d'hectolitres qui pourraient être transformés, a précisé ensuite le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie. Les viticulteurs demandaient, eux, de quoi distiller 3 à 3,5 millions d'hectolitres pour faire de la place pour la prochaine vendange qui a débuté dans certaines régions du sud, et démarrera avec trois semaines d'avance, fin août, à Menetou-Salon.

Julien Denormandie, qui se rendait ensuite sur une exploitation céréalière frappée par la sécheresse, a également annoncé que serait prolongé d'une année le dispositif d'exonérations patronales pour les travailleurs occasionnels. Il devait s'achever au 1er janvier 2021 alors qu'il bénéficie aux secteurs ayant des besoins extensifs en main d'oeuvre, dont les fruits et légumes et la viticulture. "Une bonne surprise", selon Jérôme Despey.

Paul Louis et Frédéric Bergé avec AFP