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Vente de médicaments en ligne: ce projet de loi qui inquiète les pharmaciens

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Un projet de loi prévoyant d'ouvrir la vente de médicaments en ligne à des plateformes est présenté ce mercredi en conseil des ministres. Les pharmaciens dénoncent une volonté de "casser leur monopole".

Ce pourrait être une petite révolution pour le secteur de la pharmacie. Présenté ce mercredi à l’occasion du conseil des ministres, un projet de loi prévoit d’assouplir les conditions de vente en ligne des médicaments sans ordonnances via la création de plateformes de e-commerce comme cela se pratique dans certains pays. Une proposition qui a déclenché la colère des pharmaciens d’officine.

Pour rappel, la vente en ligne de médicaments est aujourd'hui autorisée mais extrêmement encadrée. Un pharmacien peut y recourir à condition que le stock soit adossé à son officine. "Les pharmaciens peuvent mutualiser un site internet", explique Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO). Mais, in fine, "c’est le pharmacien qui expédie le médicament" depuis son local et qui garde donc le contrôle la transaction.

Des médicaments vendus par Amazon?

Demain, il pourrait en être autrement. Le texte de l’exécutif prévoit en effet la possibilité de vendre des médicaments stockés sur un site distant de l’officine grâce à la création de plateformes. De quoi aiguiser l’appétit des géants du e-commerce, type Amazon, désireux de partir à la conquête de ce marché encore prometteur. Inadmissible pour l’USPO qui craint d’être confrontée à un nouveau système sans "réelle régulation" dans lequel le pharmacien n'aura plus aucun regard sur l'opération.

Pour rassurer, le ministère de la Santé indique auprès du Parisien que les plateformes devront nécessairement être rattachée "à la licence d’une officine et placées sous le contrôle du pharmacien". "Nous ne souhaitons pas que des plateformes vendent des médicaments comme on vend des livres. […] Nous allons prendre tous les engagements nécessaires pour rassurer les pharmaciens. Cela doit rester à la main des pharmaciens d’officine", a également promis la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, ce mercredi matin sur RMC et BFMTV.

"Casser le monopole"

Pas de quoi rassurer les professionnels du secteur. Car malgré les éventuels engagements pris par Agnès Buzyn, "personne ne sera plus fort qu’Amazon", poursuit Gilles Bonnefond. D’autant que le projet de loi n’est pas piloté par la ministre de la Santé mais par le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Action et des comptes publics, Olivier Dussopt. "De quoi se mêle ce texte de loi?", s’agace encore le président de l’USPO. Et de dénoncer une mesure proposant une "orientation" uniquement "commerciale qu’on ne veut pas".

Selon lui, il s’agit ni plus ni moins de "casser le monopole" des pharmaciens en mettant "des locaux déportés soi-disant sous le contrôle des pharmaciens d’officine". Faux, répond le ministère de la Santé qui défend cet assouplissement des règles comme "une condition nécessaire au développement de la vente en ligne, notamment dans les zones urbaines où le foncier est plus rare et cher".

Un argument démonté à son tour par Gilles Bonnefond, lequel assure qu’"il n’y a pas de problèmes d’accès aux médicaments en France". Il déplore un "manque de cohérence" du gouvernement qui a confié de nouvelles tâches aux pharmaciens, dont la vaccination, pour renforcer l’accès aux soins dans tous les territoires, mais qui "fragilise" dans le même temps les officines en permettant la vente de médicaments en ligne par des plateformes.

Moins de sécurité?

Il rappelle en outre que certains médicaments vendus sans ordonnance ont été relégués derrière le comptoir des pharmaciens pour mieux contrôler leur distribution. Or, "on ne peut pas dire d’un côté ‘Je veux sécuriser’ en mettant le paracétamol derrière le comptoir et, de l’autre, vendre des médicaments en ligne". "Le e-commerce, c’est tout sauf la sécurité. […] Pourquoi baisser la garde et se retrouver avec un niveau de sécurité revue à la baisse?".

Pour protester contre ce projet de loi, l'USPO se dit "prête à se mobiliser". Une journée d'action avec "éventuellement des fermetures" d'officines est envisagée ainsi qu'une "enquête auprès de la population" pour "savoir si elle préfère les pharmacies de proximité ou Amazon". "Mais je connais déjà la réponse", souligne Gilles Bonnefond. 

Selon la société de conseil en santé Iqvia, 583 sites internet sont répertoriés en tant que e-pharmacies en France et 167 en tant que parapharmacies. Des chiffres encore modestes sachant que 21.000 officines physiques sont implantées sur le territoire.

Paul Louis