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Vaccin: le patron de Moderna tire à boulets rouges sur la stratégie européenne

Le premier lot de vaccins anti-Covid de la société Moderna, à l'hôpital de  Hartford (Connecticut, Etats-Unis), le 21 décembre 2020

Le premier lot de vaccins anti-Covid de la société Moderna, à l'hôpital de Hartford (Connecticut, Etats-Unis), le 21 décembre 2020 - Joseph Prezioso © 2019 AFP

Dans une interview à l'Express, le Français Stéphane Bancel a déploré le peu de commandes de l'Union européenne pour son vaccin, homologué ce mercredi sur le continent.

C'est le privilège des vainqueurs. Le patron français du laboratoire américain Moderna n'a pas mâché ses mots contre l'Union européenne alors que son vaccin vient d'être homologué par Bruxelles ce mercredi. Mi-novembre, Stéphane Bancel critiquait déjà sur BFM Business le manque de financement de l'UE. Cette fois, il critique vertement le "tropisme européen" qui favorise les laboratoires européens au détriment de Moderna et surtout la lenteur des discussions pour les commandes.

"Entre juin et août, il ne s'est rien passé. Les discussions ont repris à la fin de l'été et le contrat a été signé fin novembre" explique-t-il dans une interview à l'Express. "Pour vous donner une idée, au Canada, entre les premières réunions scientifiques et médicales et la signature du contrat cet été, il s'est écoulé deux semaines."

"L'équation industrielle ne colle pas avec la lenteur de l'administration européenne" résume-t-il, soulignant que son laboratoire ne pourra fournir l'Europe (qui avait commandé 80 millions de doses et vient d'en commander encore 80 millions) qu'au compte-goutte.

"Si nous avions eu une commande de 300 millions de l'Europe bien plus tôt, nous nous serions organisés pour cela" insiste Stéphane Bancel qui met désormais la pression sur Bruxelles : "si l'Europe voulait davantage de vaccins pour la fin d'année 2021, il faudrait les commander dès maintenant. L'anticipation est cruciale. L'Europe en manque actuellement."

Le plus cher

Reste que le vaccin de Moderna est le plus cher du marché et restera probablement le plus cher. "Depuis la création de l'entreprise il y a 10 ans, nous avons investi près de 3 milliards de dollars et nous n'avons jamais vendu un seul produit ni obtenu le moindre centime de résultat. Il était important de générer du cash pour continuer à investir et à développer d'autres vaccins, d'autres traitements" se défend Stéphane Bancel.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle si peu de commandes ont été réalisées par l'Europe, alors que le vaccin d'AstraZeneca, attendu pour février, sera au contraire un des moins chers du marché. Mais dans cette course aux vaccins, les vainqueurs ont toujours raison…

Thomas Leroy Journaliste BFM Business