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Un budget en déficit de 8,5% pour 2021 et des aides jusqu'en juin prochain

Plus de 20 milliards d'euros ont été budgétés pour 2021 afin de soutenir les entreprises contraintes à la fermeture et les salariés en activité partielle. L'année prochaine, le rebond de l'activité de 6% ne rattrapera pas la chute de plus de 11% de 2020.

"S'il y zéro recette, il doit y avoir zéro dépense." C'est ainsi que Bruno Le Maire résumait ce matin lors d'un point presse la philosophie des mesures de soutien à l'économie prévues dans le budget de l'Etat pour 2021. Un budget qui accusera encore l'année prochaine un fort déficit. Après 11,3% en 2020, le déficit devrait atteindre 8,5% en 2021 (contre 6,7% initialement prévu en septembre) assure le ministre de l'Economie. Et la dette devrait grimper à 122,4% selon les calculs d'Olivier Dussopt, le ministre des comptes publics contre 116,2% initialement prévu en septembre.

La faute à la dégradation de l'économie plus forte que prévu à cause du second confinement et à l'effondrement des recettes fiscales qui sont estimées à 22 milliards d'euros pour l'année prochaine. Le gouvernement anticipe en effet un rebond de l'économie de 6% en 2021, largement insuffisant pour compenser le recul de 2020 que Bercy estime à plus de 11%.

Moins de recettes fiscales et beaucoup plus de dépenses. Les mesures de soutien à l'économie devraient s'élever à 20 milliards d'euros dans le futur budget. Dans le détail, ce sont 6,5 milliards d'euros qui ont été budgétés pour l'activité partielle, 8,5 milliards d'euros pour les reports de crédits non dépensés en 2020 (dont 5 milliards d'euros d'activité partielle) et enfin 5 milliards d'euros pour le fonds de solidarité qui concerne les entreprises qui sont contraintes à la fermeture et celles qui ne sont pas fermées, mais dont l'activité est fortement impactée par les fermetures. Les aides de 1500 euros pour toutes les entreprises prendront fin le 31 décembre prochain.

"Un dispositif aussi généreux qu'en Allemagne"

Le nouveau dispositif de fonds de solidarité en place depuis le 1er décembre permet aux entreprises qui en font la demande de toucher soit jusqu'à 10.000 euros par mois, soit une aide représentant 20% de leur chiffre d'affaires (dans la limite de 200.000 euros par mois).

Alors que l'Allemagne a opté pour une aide pouvant atteindre 75% des pertes d'exploitation (donc plus en phase avec la réalité économique), Bruno Le Maire estime que l'aide française est autant généreuse.

"A la différence de l'aide allemande, l'aide française de 20% du chiffre d'affaires n'exclut pas les autres aides comme l'activité partielle et les exonérations de charges", indique le ministre de l'Economie.

Autrement dit, une entreprise peut réclamer le fonds de solidarité en plus du chômage partiel et du report de charge. Le ministre souligne par ailleurs la facilité d'accès à ces sommes.

"Lorsqu'on a ouvert ce nouveau fonds de solidarité en décembre, la DGFIP (la Direction générale des Finances publiques) a traité 400.000 dossiers en 48 heures et c'était un week-end, précise Bruno Le Maire. Quelle entreprise privée en aurait été capable?"

Des mesures d'aides qui ne concerneront toutefois que les secteurs concernés par les fermetures administratives comme les entreprises de la restauration, les bars ou les loisirs comme les stations de ski pour lesquelles 400 millions d'euros ont été budgétés ou la culture qui aura droit à une aide supplémentaire qui sera détaillée dans la journée par la ministre de la Culture.

Les autres secteurs comme les commerces qui ont pu rouvrir fin novembre ne pourront pas avoir droit au fonds de solidarité.

Organisateurs de mariages et producteurs de lapins

Le budget prévoit cependant de nombreuses exceptions. L'aide pourra concerner les entreprises qui sont dépendantes de l'activité des entreprises fermées. C'est le cas des hôtels, des entreprises liées à l'organisation de mariages (traiteurs, magasins de vêtement de cérémonie...), les entreprises de collectes de déchets alimentaires ou encore certains secteurs de l'agriculture comme les producteurs de lapins, de pintades et d'escargots.

"Ce sont des produits qu'on consomme principalement au restaurant et qui sont très peu achetés en grandes surfaces", explique le ministre de l'Economie.

Pour ces entreprises, le fonds de solidarité leur donnera accès à une aide pouvant atteindre jusqu'à 10.000 euros par mois. Les hôtels pourront comme les restaurants avoir le choix entre l'aide numéraire et le pourcentage de chiffre d'affaires. Mais du fait de leur ouverture, leurs conditions d'accès seront renforcées. Un hôtelier devra justifier une perte de 50% de chiffre d'affaires pour toucher 15% et une perte de 70% pour toucher les mêmes 20% que les restaurateurs.

Enfin d'autres aides spécifiques sont prévues pour des entreprises en particulier. C'est le cas de la Poste qui a vu son activité courrier s'effondrer avec la crise, des aéroports qui accusent un recul de 85 à 90% d'activité et qui bénéficieront d'une enveloppe spécifique de 250 millions d'euros.

Des mesures de soutien qui seront en place pour plusieurs mois encore.

"Le fonds de solidarité sera maintenu jusqu'en juin 2021, assure le ministre de l'Economie. Mais tout ce ci pourra être amené à évoluer en fonction de la situation sanitaire."

Bruno Le Maire rappelle par ailleurs que ce budget a été conçu dans un scénario où il n'y aurait pas de troisième confinement.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco