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Soutien de l'Etat face à la crise: le "quoi qu'il en coûte" français n'est pas le plus généreux d'Europe

Selon un rapport du Conseil national de la productivité, la réponse budgétaire française à la crise sanitaire via des mesures d'urgence et le plan de relance se situe "dans la moyenne basse des six grandes économies européennes".

Le gouvernement le répète à l’envi: la France serait l’un des pays les plus généreux en matière d’aides accordées aux entreprises et aux ménages pour les aider à affronter la crise sanitaire. C’est le fameux "quoi qu’il en coûte". Pourtant, la réponse budgétaire tricolore à la pandémie se situe "dans la moyenne basse des six grandes économies européennes", souligne un rapport du Conseil national de la productivité (CNP) paru mercredi.

Epluchant les différentes mesures de soutien annoncées par les gouvernements européens, les économistes de cette instance rattachée à France Stratégie ont constaté que l’effort global financier consenti en matière d’aides d’urgence et de plan de relance en France équivalait à 7,6% du PIB (185 milliards d’euros), contre 11,2% en Espagne, 9,1% au Royaume-Uni et 8,4% en Allemagne. L’évolution du déficit français entre 2019 et 2020 est de surcroît moins importante que celle observée dans les autres pays voisins, selon les chiffres de l’OCDE.

Coût réel et coût potentiel

Pour ce qui est des mesures d'urgence, il convient toutefois de distinguer les dépenses réellement engagées par chaque pays depuis le début de la crise de celles annoncées mais non concrétisées ou impliquant un remboursement. En France, le "coût immédiat" des mesures d’urgence annoncées a atteint 93,1 milliards d’euros répartis entre les aides directes aux entreprises, indépendants et professions libérales (40,3 milliards), le chômage partiel (34,2 milliards), la santé (13,8 milliards) et les aides à destination des ménages (4,8 milliards). C’est moins qu’en Allemagne (164,2 milliards d’euros) et qu’au Royaume-Uni (201,14 milliards d’euros) mais plus qu’en Espagne (66,7 milliards) et qu’en Italie (67,9 milliards).

Mëme constat pour ce qui est des avances (reports de charges fiscales et sociales) et des prêts directs ou garantis par l’Etat. Ces aides représentent un "coût potentiel maximal" de 414,5 milliards d’euros en France, contre 1008 milliards d’euros en Allemagne, 587,6 milliards d’euros en Italie et 417,8 milliards au Royaume-Uni et 161,6 milliards d’euros en Espagne.

Il convient néanmoins de nuancer ces comparaisons. Comme le rappelle Bercy cité par les Echos, il existe "un énorme écart entre les annonces politiques et ce qui est réellement dépensé. Pour les prêts garantis, la France a ainsi engagé 42% de l’enveloppe qu’elle s'était engagé à mettre sur la table (300 milliards, ndlr), contre 9% pour l’Allemagne ou 20% pour le Royaume-Uni". Le ministère de l’Economie se défend en outre d’être moins généreux que ses voisins, expliquant que "les chiffres évoluent constamment avec la situation sanitaire, et arrêter les compteurs à un moment précis n’a aucun sens".

Le CNP préconise le maintien d'une politique généreuse

Dans son rapport, le Conseil national de la productivité regrette "l’absence de coordination des plans de relance pour réduire les déséquilibres de la zone euro". Il y voit "une occasion manquée" et met en garde face "au risque majeur des années qui viennent que les pays avec des comptes courants excédentaires soient les premiers à réduire leur impulsion budgétaire".

Selon le président du CNP, Philippe Martin, ce risque pourrait se matérialiser dès cette année et il estime lui aussi que, dans les plans d'aides, "tout ce qui a été annoncé ne sera pas dépensé", notamment en Allemagne, où les prêts garantis par l'Etat n'ont été que peu sollicités par les entreprises.

Pour la France, le rapport préconise le maintien d'une politique généreuse de soutien aux entreprises pour éviter qu'un certain nombre d'entre elles, bien que productives, ne fassent faillite, quitte à maintenir en vie artificiellement des entreprises "zombies" non compétitives. A cet égard, le président du CNP rappelle que les faillites d'entreprises, en baisse d'environ 30% grâce surtout aux prêts garantis par l'Etat (PGE), vont connaître un phénomène de rattrapage cette année et que la dette reste "le premier prédicteur de faillite des entreprises".

Mais au niveau micro-économique, "on n'a pas encore une vision très claire" de cet endettement "permettant un meilleur ciblage des entreprises qui ont besoin d'aide", selon Philippe Martin. Enfin, s'il ne préconise pas d'allègement généralisé, "pour certaines entreprises", des restructurations de dette pourraient être envisagées dès 2021 et "un mélange de solutions devrait être envisagé pour partager le fardeau de celles-ci entre les créanciers privés, les banques et l'État".

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco