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Série d'avertissements sans frais pour la croissance française?

La France n'est pas encore en situation inquiétante (image d'illustration)

La France n'est pas encore en situation inquiétante (image d'illustration) - Steindy - Flickr - CC

Plusieurs indicateurs décevants ont été publiés lundi et mardi, semblant montrer que l'économie tricolore peinait à accélérer. De l'avis des économistes, il n'y a pas lieu de s'alarmer. Du moins pour le moment.

Alors que la croissance française semblait (enfin) sur de bons rails en ce début d'année, plusieurs nuages sont venus éclaircir l'horizon. Lundi 22 février, l'indicateur PMI (Purchase manufacturer Index), qui en gros sonde l'avis des directeurs d'achat des entreprises, a déçu. Le score global de cet indicateur avancé construit par la société Markit est passé de 50,2 points en janvier à 49,8 en février.

Un chiffre sous les 50 points signifie très concrètement que l'activité tricolore se replie. Il s'agit au passage du plus mauvais score de l'Hexagone depuis treize mois. Pour Jack Kennedy, économiste senior chez Markit, ces résultats suggèrent "le maintien d’une croissance poussive du PIB au premier trimestre 2016 après la hausse de 0,2 % observée au dernier trimestre 2015". "La faiblesse de la demande, conjuguée à de fortes pressions concurrentielles, incite les entreprises à mettre en œuvre la plus forte réduction de leurs tarifs depuis plus d’un an", ajoute-t-il, cité dans un communiqué.

Pas d'affolement

"Clairement les enquêtes PMI envoient plutôt des signaux négatifs qui sont confirmés par les données de l’Insee", estime de son côté Louis Harreau, économiste chez Crédit Agricole CIB.

L'Insee a en effet publié ce mardi matin un indicateur morose. Le climat des affaires s'est "altéré" en février, pour reprendre les mots de l'institut de conjoncture. Cet indicateur, qui lui mesure la confiance des chefs d'entreprise tricolores, a ainsi perdu deux points entre janvier et février, à 100 points.

Faut-il tirer dès lors la sonnette d'alarme? "La confiance des affaires est globalement décevante. La question, qui vaut d’ailleurs aussi pour l’Allemagne (avec l’IFO publié ce mardi), est de savoir si ces inquiétudes sont temporaires. Est-ce qu’elles témoignent d’un simple phénomène de bruit lié aux craintes sur les marchés financiers ou est-ce que les entrepreneurs vont être durablement inquiétés par ce qui se passe en Bourse", développe Louis Harreau. Depuis le 1er janvier, les marchés financiers sont victimes de turbulences, le CAC40 ayant chuté de plus de 13% sur les trois derniers mois.

L'économiste reste toutefois serein. "À l’heure actuelle, ces chiffres ne remettent pas en cause le scénario de reprise en France. Il faudrait avoir d’autres données pour savoir si, à terme, les tensions sur le marché vont réellement s’inscrire dans l’économie réelle par des effets de second tour", insiste-t-il. Ces "effets de second tour" signifient concrètement que les chefs d'entreprise risquent de devenir plus frileux et d'investir moins.

Des voisins également touchés

Véronique Janod, économiste chez Natixis, note elle que l'ensemble des pays européens sont concernés par ce "coup de mou". Si cela permet de relativiser la contre-performance tricolore, il n'est clairement pas question de bonne nouvelle pour autant.

Bien que stable, la croissance en zone euro semblait jusqu'à présent "de meilleure qualité, car mieux répartie au sein de la zone euro, associée notamment à la baisse du chômage", explique-t-elle. Pour la France, "des facteurs endogènes, notamment la demande intérieure émanant de nos partenaires, étaient donc susceptibles de prendre le relais face à une demande extérieure essoufflée à la suite du ralentissement en Chine et dans certains pays émergents", poursuit-elle.

Mais l'économiste conclut qu"'au regard des dernières statistiques publiées sur le climat des affaires (PMI), il semble que nos voisins souffrent plus fortement du ralentissement global de la croissance mondiale, ce qui risque de finir par peser sur notre activité".