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Qui est Couche-Tard, ce groupe québécois prêt à racheter Carrefour?

Le groupe canadien Couche-Tard lorgne sur Carrefour. L'entreprise exploite plus de 14.000 supérettes dans le monde.

Carrefour pourrait (peut-être) devenir québécois. Le groupe canadien Alimentation Couche-Tard voudrait s'unir avec le géant français. Quasiment inconnu en France, il est pourtant difficile de ne pas le connaître en Amérique ou en Europe du Nord: le groupe exploite plus de 14.000 supérettes dans le monde, et emploie plus de 130.000 personnes dans ces "dépanneurs", nom que l'on donne au Québec à ces magasins de proximité, souvent adossées à des stations-essence, aux larges horaires d'ouverture et proposant peu de produits dans leurs rayons (alimentation, journaux, cigarettes).

D'un seul magasin dans la banlieue de Montréal en 1980, Couche-Tard est devenu en quelques décennies un acteur incontournable des magasins de proximité. Après avoir grandi au Canada, l'entreprise a dépassé ses frontières dans les années 2000 en rachetant un grand nombre de petits concurrents aux Etats-Unis, et s'est implanté en Scandinavie, en Europe orientale et en Russie en mettant la main sur les 2.300 supérettes du groupe norvégien Statoil en 2012. Par ailleurs, plus de 2.200 magasins sont indirectement exploités sous licence en Asie et au Moyen-Orient.

L'ensemble de ses magasins hors-Québec devrait progressivement passer sous la bannière de l'enseigne américaine Circle K, spécialiste des stations-service rachetée en 2003. Son réseau est en effet indissociable des pompes à essence: sur un chiffre d'affaires d'un peu plus de 54 milliards de dollars américains pour son dernier exercice qui a pris fin en avril 2020, les ventes de carburant représentaient 38,7 milliards de dollars. Un mariage avec Carrefour lui permettrait ainsi de réduire sa dépendance au carburant, dont les prix sont au plus bas.

Doubler de taille d'ici 2023

Et Couche-Tard ne cache pas ses ambitions: le groupe assurait en avril 2019 qu'il comptait doubler de taille d'ici la fin de l'année 2023. Si la crise sanitaire l'a contraint à abandonner l'acquisition de la chaîne australienne Caltex, il a annoncé en novembre dernier qu'il était devenu propriétaire "en propre" des magasins sous licence d'Hong Kong, et qu'il comptait ouvrir des dizaines de "dépanneurs" dans la métropole chinoise. Une première étape en Asie pour l'entreprise qui veut percer sur les marchés chinois ou thaïlandais, mais aussi un changement de stratégie en misant sur le centre-ville.

Couche-Tard a été introduit à la Bourse de Toronto en 1986, et n'a dès lors jamais manqué d'afficher des bénéfices – le groupe a dégagé 2,4 milliards de dollars américains (1,96 milliards d'euros) de bénéfices lors de son dernier exercice. Sa capitalisation atteint actuellement 29,6 milliards d'euros, contre 12,6 milliards d'euros pour Carrefour.

Jérémy Bruno