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Quand la BCE donne une autre définition du taux de chômage

La BCE estime que le taux de chômage à l'heure actuelle a une définition trop restrictive

La BCE estime que le taux de chômage à l'heure actuelle a une définition trop restrictive - Daniel Roland - AFP

Dans une étude publiée mercredi, la banque centrale estime que la définition actuelle du taux de chômage est beaucoup trop restrictive et l'élargit, notamment, aux personnes en situation de sous-emploi. Ce qui fait gonfler le taux en France à 18%.

Il est rare qu'une institution aussi vénérable que la Banque centrale européenne remette en cause une norme qui fait référence. Dans une étude publiée mercredi, celle-ci explique ainsi que l'actuelle définition du taux de chômage est "plutôt étroite". Une critique certes feutrée mais inhabituelle du côté de Francfort.

Pour rappel, la définition du chômage qui fait force de loi est celle du Bureau International du Travail (BIT). Est ainsi considéré comme chômeur quelqu'un qui n'a pas d'emploi, est en recherche active et est disponible pour prendre un poste dans les deux prochaines semaines.

Une définition élargie

Les auteurs de l'étude expliquent que cette définition est quelque peu restrictive et se propose de l'élargir pour mieux rendre compte de la faiblesse du marché du travail en Europe. Tout d'abord ils prennent également en compte la population considérée comme inactive mais qui est, pourtant, proche du marché du travail. Il s'agit, premièrement, des personnes qui sont au chômage, sont disponibles mais ne recherchent plus de travail car une majorité d'entre elles sont "découragées", explique la BCE. Ces personnes représentent 2,6% de la population en âge de travailler dans la zone euro. Autre catégorie qui rentre dans ce champ: les personnes sans emploi, qui recherchent du travail mais ne sont pas disponibles dans les deux semaines, par exemple parce qu'elles s'occupent d'un proche malade. Elles représentent environ 1% des habitants de la zone euro en âge de travailler.

Enfin, la BCE ajoute aussi les personnes en situation de sous-emploi, c'est-à-dire les personnes qui travaillent à temps partiel mais qui souhaiteraient travailler plus. Ce qui représente cette fois 3% de la population en âge de travailler.

Au final, en mettant bout à bout ces "chômeurs oubliés" la BCE arrive à une sorte de taux de chômage "large" à 18% en zone euro, soit presque le double du chiffre communiqué par Eurostat, à savoir 9,5% fin 2016. 

La France à la traîne

La BCE reconnaît que ce chiffre "ne doit pas forcément être pris pour argent comptant", car certains effets peuvent être surestimés, notamment le nombre de personnes en sous-emploi. Mais elle estime que cet indicateur élargi montre bien que "la faiblesse du marché du travail est plus importante que ne le suggère le taux de chômage".

Et fait marquant: les disparités entre les pays sont fortes. Ainsi, en Allemagne, ce taux de chômage "large", n'a fait que baisser depuis 2005, où il était à 19%, pour se situer désormais à 9%. L'Italie, elle, est passée de 16% à 24%, fin 2013, chiffre qui a depuis stagné. L'Espagne, elle, est passée de 15% en 2008 à 37% fin 2013 mais a depuis redressé la barre (29% fin 2016), grâce à ses efforts entrepris pour réduire le chômage au prix d'importants sacrifices sur les salaires.

Reste le cas particulier de la France. Dans l'Hexagone ce taux de chômage "élargi" n'a cessé de croître depuis 2005 pour s'élever à 18% à fin 2016. Soit pas loin du double du taux de chômage tel qu'il est communiqué par l'Insee (10% au dernier pointage).

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Julien Marion