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Pourquoi le PIB est parfois un miroir déformant de la richesse

Le Luxembourg est un des pays où le PIB est "biaisé"

Le Luxembourg est un des pays où le PIB est "biaisé" - Benh Lieu Song - Wikimedia Commons - CC

Dans certains pays où les multinationales sont très présentes, comme l'Irlande et le Luxembourg, le PIB ne mesure pas efficacement la richesse créée dans le pays. Ce qui les amènent à passer par des alternatives.

Le PIB a souvent été accusé d'être un thermomètre imparfait pour mesurer le bien-être. En 2008 déjà, une commission présidée par le Prix Nobel d'Économie Joseph Stiglitz s'était longuement épanchée sur le sujet. 

Mais-au-delà du concept très vague du bien-être, le PIB n'est pas non plus l'alpha et l'oméga de la mesure de la richesse produite par un pays. Un exemple récent est venu le rappeler. Début février, l'institut central des statistiques irlandais avait annoncé qu'il renonçait à utiliser le PIB comme maître-étalon de l'économie. "Cela fait longtemps que l'on sait que le PIB est un indicateur inadapté pour l'Irlande", expliquait le groupe d'experts (économistes, banquiers centraux) dans un rapport à l'origine de cette décision.

RNB et PIB

Le gouvernement irlandais avait en effet essuyé des critiques importantes, lorsqu'en juillet dernier, il avait annoncé une croissance économique pour 2015 revu à la hausse de 7,8% à….26,3%! Alors que, évidemment, les Irlandais n'ont pas vu leur pouvoir d'achat progresser d'un quart. Des voix se sont élevées pour mettre en doute ce chiffre, tronqué il est vrai par de nouvelles normes de comptabilisation (En clair, des biens produits à l'étranger sont désormais comptés dans la production locale de l'Irlande comme étant des "exportations"). Le prix Nobel d'économie Paul Krugman s'était d'ailleurs moqué de cette révisions de la croissance, y voyant l'effet des "Leprechaun", ces célèbres gnomes irlandais à la barbe rousse.

Dublin avait décidé d'opter pour le RNB, le revenu national brut. Quelle différence avec le PIB? "Le PIB correspond à la somme des valeurs ajoutées créées sur le territoire, y compris les multinationales implantées en Irlande. Le PNB, lui, mesure les revenus générés par l’ensemble des agents nationaux. Il inclut les entreprises nationales implantées à l’étranger mais exclut les entreprises étrangères sur le sol national", répond Manuel Nunez, économiste chez BNP Paribas.

Autrement dit, l'activité générée par les nombreuses multinationales attirées par la fiscalité avantageuse de l'Irlande (12,5% d'impôt sur les sociétés), a tendance à gonfler artificiellement le PIB irlandais. Un travers que le RNB corrige.

Deux exceptions

En réalité, dans la plupart des grandes économies riches, PIB et RNB sont quasiment équivalents. Comme le montre ce schéma réalisé par l'OCDE, en France et en Allemagne, le rapport RNB/PIB est légèrement supérieur à 100%. Ce qui signifie qu'il y a un peu plus de grands groupes allemands et français basés à l'étranger que l'inverse. En revanche en Irlande ce rapport est de 82%. Il descend même à 68% au Luxembourg, autre pays qui a mis en place une fiscalité généreuse pour attirer .

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- © OCDE

L'écart est plus frappant quand on raisonne par habitant. En 2015, le PIB PPA(parité de pouvoir d'achat) était de 68.000 dollars par Irlandais soit 14.000 dollars de plus que le PIB par habitant, selon les données de la Banque mondiale. En France, les deux chiffres sont équivalents (41.000 dollars). Le fossé est encore plus important au Luxembourg (un PIB par habitant de 104.000 dollars, contre un RNB par tête de 72.000 dollars). À tel point que Statec, l'institut des statistiques du Grand-Duché, a plusieurs fois averti que le PIB par habitant était "particulièrement biaisé" et ne reflétait pas le niveau de vie moyen des Luxembourgeois. Ces derniers n'en restent pas moins très riches. Le RNB par Luxembourgeois est ainsi 80% plus élevés que la moyenne de la zone euro (contre un écart de 150% pour le PIB).

Julien Marion