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Pourquoi le chômage devrait encore baisser même si la croissance piétine

Le taux de chômage en France métropolitaine devrait atteindre 9,5% à fin juin.

Le taux de chômage en France métropolitaine devrait atteindre 9,5% à fin juin. - Philippe Huguen - AFP

L'Insee a encore révisé à la baisse sa prévision de croissance pour cette année et table sur un premier semestre 2017 du même acabit. Néanmoins, le chômage devrait bel et bien continuer de reculer.

Encore raté. Alors qu'on s'attendait à ce que la croissance passe à la vitesse supérieure, 2016 sera finalement à l'image de 2015. Dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi, l'Insee a en effet encore revu à la baisse sa prévision pour l'année qui se termine. Le PIB ne devrait pas croître de 1,3% mais plutôt de 1,2%. On est loin des 1,6% que l'institut statistique prévoyait encore au tout début de l'été.

"Nous avons été clairement déçus par l'évolution de la croissance en 2016 puisque nous attendions bien mieux en juin. Et lorsque l'on regarde, le principal moteur qui a lâché reste les exportations, qui ont progressé de 0,6% en 2016 contre 6% en 2015", reconnaît Dorian Roucher, chef de la division synthèse conjoncturelle à l'Insee.

"Le commerce mondial est beaucoup moins favorable, il devrait augmenter de 1,2% cette année alors qu'il progressait de 6% par an dans les années 2000", ajoute-t-il.

Une croissance réduite d'un tiers par des causes imprévisibles

Pour être tout à fait juste, plusieurs coups de semonces difficile voire impossible à prévoir ont miné la fragile reprise dont devait bénéficier l'Hexagone. La France a notamment pâti d'une année très noire sur le plan touristique. "Le tourisme est inclus dans les exportations de biens et services. Il a été plus faible qu'anticipé et on comprend bien pourquoi", résume sobrement Dorian Roucher en référence aux attentats de juillet qui sont venus malmener un peu plus un secteur déjà plombé par les événements de 2015.

Autre élément imprévu: une météo exécrable qui a entraîné de piteuses vendanges, de médiocres récoltes de céréales mais aussi de fruits. Il faut remonter à 2003 pour observer un recul de la production agricole aussi marqué que celui de cette année (-6,3%). A lui seul, il a coûté 0,2 point de croissance à la France.

À cela s'ajoute les pénuries d'essence et l'ensemble des autres conséquences du mouvement social généré par la loi Travail du printemps dernier. On peut estimer à 0,1 point, leur impact sur le PIB. "Au final, si on enlève tous les éléments imprévisibles, la croissance aurait probablement été plus forte de 0,5 point, à 1,7-1,8%", juge Emmanuel Lechypre, directeur de l'Observatoire BFM Business.

Un début 2017 du même tonneau

Pour 2017, l'Insee s'attend à une conjoncture du même acabit. "L'effet de la baisse des prix du pétrole sur la consommation s'estompe, l'investissement ralentit, mais la croissance dans la construction est plus forte et les exportations devraient se reprendre grâce à une meilleure tenue des livraisons aéronautiques. Au final, tout cela se compense, et l'activité est sur le même rythme que l'an dernier", résume Dorian Roucher.

L'Insee s'attend ainsi à ce que l'économie progresse de 0,3% au premier trimestre puis de 0,4% au deuxième. Au final, l'acquis de croissance à fin juin 2017 serait de 1% (ce qui veut dire que même si l'économie fait du surplace au deuxième semestre, la croissance sera de 1%), soit le même niveau qu'en 2016.

On peut néanmoins voir le verre à moitié plein et souligner que cette performance reste encourageante dans la mesure où la France ne bénéficie plus vraiment du fameux "alignement des planètes": la baisse de l'euro joue moins qu'avant, les taux d'intérêt remontent, et le pétrole aussi. En 2015, ces trois "coups de pouce" extérieurs avaient contribué au trois quarts de la croissance

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Le chômage en baisse

Autre motif de satisfaction: le chômage devrait continuer à baisser, passant de 9,7% au troisième trimestre 2016 à 9,5% à fin juin 2017 en France métropolitaine. Car même si la croissance n'est pas fantastique, les créations d'emplois devraient être assez fortes (+188.000 en 2016 et +70.000 sur les six premiers mois de 2017).

"La croissance est plus forte en emploi. Avec 1,2% de croissance on crée 1% d'emplois en plus alors que dans les années 2000 il fallait 3% de croissance pour augmenter l'emploi de 1,5%", explique Dorian Roucher. "Mais cela démontre que les gains de productivité sont faibles", nuance-t-il. Des "gains de productivité", c'est-à-dire la capacité de produire plus avec moins de main d'œuvre, grâce au progrès technologique.

La politique de baisse du coût du travail engagée par François Hollande a clairement réduit la nécessité pour les entreprises de réaliser ces gains de productivité. Pour donner un exemple concret, les entreprises de la grande distribution ont par exemple été moins tentées d'investir pour remplacer des caissiers par des machines. L'emploi a ainsi été favorisé au détriment du progrès technologique. Mais, comme souvent en économie, on ne peut pas tout avoir….