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Pourquoi le chômage baisse avec plus de demandeurs d'emploi

Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 9.200 au premier trimestre

Le nombre de demandeurs d'emploi a augmenté de 9.200 au premier trimestre - Philippe Huguen - AFP

Le taux de chômage a diminué selon l'Insee au premier trimestre alors que, pour Pôle emploi, le nombre des chômeurs a augmenté sur la même période. Qui dit vrai? Les deux. Explication de ce paradoxe.

Inverser la courbe du chômage ou réduire le nombre des demandeurs d'emplois, ce n'est pas tout à fait la même chose. Ce jeudi 4 juin l'Insee a annoncé que le taux de chômage avait bel et bien baissé au premier trimestre 2015. Le chiffre passe ainsi à 10,1% en France métropolitaine contre 10% sur les trois derniers mois de 2014, représentant 2,858 millions de personnes. En incluant les départements d'Outre-mer, le taux atteint 10,3% au premier trimestre de cette année contre 10,4% d'octobre à décembre à 2014.

François Hollande serait donc parvenu à tenir sa promesse de 2012? Les Français auront peine à le croire puisque, lundi 1er juin, Pôle emploi annonçait une nouvelle forte hausse du nombre des demandeurs d'emplois. La France comptait, au 30 avril, 26.000 inscrits de plus en catégorie A (sans aucune activité), portant la cohorte de ces chômeurs à 3,536 millions de personnes, soit 21% de plus que lors de l'entrée en fonction de François Hollande. 

Une question de population active

Pourtant, l'Insee et Pôle Emploi disent tous les deux vrai. Comment expliquer ce paradoxe? Tout d'abord, il convient évidemment de rappeler que le mois d'avril n'est pas, par nature, inclus dans le premier trimestre. Mais même avant cette nouvelle forte vague enregistrée en ce début de printemps, le nombre des demandeurs d'emploi avait bel et bien progressé au premier trimestre: + 9.200 inscrits.

Seulement voilà, ce n'est pas parce que le nombre de chômeurs augmente que le taux de chômage suit nécessairement la tendance. Ce dernier se mesure en effet en rapportant le nombre de demandeurs d'emploi à la population active.

Si cette dernière augmente bien plus que les inscrits à Pôle emploi, le chômage recule mécaniquement. Dans sa dernière note de conjoncture, l'Insee estime que la population active devrait progresser de 64.000 personnes sur l'ensemble du premier semestre, dont 33.000 sur le seul premier trimestre.

Deux thermomètres différents

Ensuite, il convient de rappeler que Pôle Emploi et l'Insee peuvent très bien se contredire, tout simple parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. Le premier recense le nombre de demandeurs d'emploi inscrit dans ses agences alors que le second mesure le taux de chômage en interrogeant un échantillon d'environ 100.000 personnes âgées de plus de 15 ans et respectant les règles du BIT (bureau international du travail).

Or la définition de ce qu'est un chômeur ( ne personne 15 ans ou plus qui n' a pas travaillé ne serait-ce qu'une heure, a entrepris des démarches pour trouver un emploi et est disponible pour travailler dans les deux semaines) ne recoupe pas celle des différentes catégories de Pôle Emploi.

Ainsi, l'Insee estime qu'un cinquième environ des chômeurs qu'il comptabilise ne s'est pas fait connaître auprès de Pôle emploi. Inversement, un cinquième des demandeurs d'emploi de catégorie A ne correspondent pas à la définition du chômeur donné par le BIT.

On se souvient d'ailleurs des débats qui avaient eu lieu début 2014, lorsque ces deux thermomètres de l'emploi divergeait sur l'évolution du chômage à fin 2013. Le diagnostic était alors d'autant plus crucial que François Hollande avait encore en tête la fameuse promesse d'inverser la courbe du chômage.

Par ailleurs, il convient de nuancer la baisse du chômage observée au premier trimestre 2015. Cette baisse n'a en effet été possible que parce que l'Insee a révisé à la hausse son estimation pour le trimestre précédent de 10% à 10,1%. De plus l'Insee indique que sa marge d'erreur est de plus au moins 0,3 point. Prudence donc...