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Pourquoi la productivité de la France est en perte de vitesse

La productivité tricolore va-t-elle rebondir?

La productivité tricolore va-t-elle rebondir? - Loïc Venance - AFP

Alors qu'ils sont un moteur essentiel de la croissance, les gains de productivité en France sont plus de trois fois inférieur à leur niveau d'avant-crise.

Comme souvent en économie il est des sujets complexes qui ont pourtant un impact fort sur notre quotidien. C'est le cas de la productivité française réputée pour être élevée. D'ailleurs n'a-t-on pas pour habitude de dire que si les Français travaillent moins que leurs voisins européens, ils compensent largement par leur productivité?

Cette image d'Épinal n'est pas complètement fausse. Ainsi, en 2015, l'OCDE estimait la productivité horaire des Français à 67,5 dollars. Une poignée de pays seulement (Luxembourg, Irlande, Norvège, Belgique, Danemark et États-Unis) faisaient mieux

Il n'empêche que cette productivité est en perte de vitesse. Les gains de productivité, rouage essentiel de la croissance de long terme d'un pays (avec la démographie), sont ainsi de plus en plus en faibles. Et pas seulement en France. En Italie, par exemple, ils sont quasi-nuls, ce qui explique d'ailleurs la faiblesse de la croissance transalpine.

Importance des gains de productivité

Pour revenir à l'Hexagone, les grains de productivité sont depuis 2012 de 0,2% par an, soit trois fois moins qu'avant la crise (0,7%). Entre 2008 et 2012, ils ont même été négatifs (-0,3% par an).

Or comme le rappelle France Stratégie dans une note publiée cette semaine, ce sont ces gains qui "sont à la source d'un surcroît de revenu généré par le cycle productif donc d'une élévation du niveau de vie".

L'organe de recherche économique rattaché aux services du Premier ministre a cherché à savoir ce qui explique cette chute. En décomposant l'évolution de la productivité, France Stratégie s'est rendu compte que plusieurs effets positifs se sont en fait prolongés après 2008.

Ainsi, "la destruction créatrice" a continué de jouer son rôle. Ce processus fait que les entreprises les moins efficaces disparaissent au profit des nouvelles entreprises qui, pour survivre, doivent être plus productives que les entreprises existantes les moins performantes.

Il est en de même pour l'effet dit "dynamique" lorsque les entreprises les plus performantes gagnent des parts de marché.

La faute à l'échelle de production

En fait, la chute de la productivité française depuis la crise est due à un autre facteur, qui illustre un phénomène simple. Face à la crise et à la chute de la demande, les entreprises n'ont pas ajusté leurs outils et leurs capacités de production, ce qui a ainsi occasionné un important recul de leur productivité. Ce phénomène a frappé plus particulièrement l'industrie manufacturière et la construction "du fait de la profondeur de la crise et d'une moindre facilité à adapter rapidement leurs capacités de production à des ventes plus faibles", écrit France Stratégie. "Le secteur de la cokéfaction et du raffinage, qui a subi le recul le plus important - de près d'un tiers - de son niveau de la productivité est emblématique de ce mouvement", poursuivent les auteurs de l'étude.

Ces derniers terminent tout de même sur une note positive: "Cette analyse pourrait conduire à un certain optimisme sur la reprise des gains de productivité en France, une fois que la reprise sera solidement installée".

"En effet, si la chute de la productivité est due avant tout à un problème d’échelle de production dans les secteurs où les capacités de production ne peuvent s’ajuster facilement à la baisse, le retour des volumes de production aux niveaux antérieurs à la crise devrait s’accompagner mécaniquement d’un effet de rattrapage sur les gains de productivité", arguent-ils.

La digitalisation comme source de progrès

Cette question de l'évolution des gains de productivité avait également été l'objet d'une conférence lors des rencontres économiques d'Aix-en-Provence le 7 juillet dernier. Éric Labaye, associé au cabinet McKinsey expliquait alors que la France "avait des gains de productivité potentiels énormes avec la digitalisation: seulement 12% de son économie est digitalisée contre 18% pour les États-Unis".

Ce qu'avait toutefois relativisé Barry Eichengreen, économiste à l'université de Berkeley. Il avait ainsi rappelé que dans l'Angleterre du XIXe siècle l'arrivée de l'électricité dans les usines avait mis 20 ans à produire des gains de productivité car il faut "transformer l'ensemble du système productif de l'entreprise ce qui peut prendre 12 à 15 ans".

Julien Marion