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Pourquoi la fermeture de rayons dans les grandes surfaces n'est pas suffisante pour les petits commerçants

La décision du gouvernement d'obliger la grande distribution à cesser de vendre leurs produits "non-essentiels" par équité envers le petit commerce n'est pas perçue comme une victoire par le secteur.

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé dimanche soir que la fermeture des rayons de produits non-essentiels dans les grandes surfaces entrera en vigueur à compter de mardi. Une mesure prise en réponse à la colère des commerçants, empêchés de pouvoir ouvrir leurs boutiques à la différence des magasins de la grande distribution.

Pour autant, cette décision ne satisfait absolument pas le secteur. Les petits commerçants n'ont qu'un objectif, pouvoir rouvrir dans des conditions d'accueil plus strictes, afin de ne pas laisser le champs libre aux plates-formes Web en général et à Amazon en particulier.

Dans un communiqué, la CPME explique: "nous avons répété sans cesse que notre objectif n’était pas d’opposer les différentes formes de commerce. Elles sont tout autant concurrentes que complémentaires. Nous ne voulons pas d’une concurrence faussée dont les seules véritables gagnantes seraient les plateformes de e-commerce internationales qui s’extraient pour une large partie des règles en vigueur, notamment sur le plan fiscal. Fermer les rayons des produits non-essentiels de la grande distribution apporte une réponse uniquement 'court termiste' à question de l’équité".

> Pourquoi aujourd'hui plus qu'en mars?

Lors du premier confinement, le maintien des rayons de produits non-alimentaires dans les grandes surfaces n'avait pas créér le même émoi. Mais aujourd'hui, non seulement le contexte n'est pas le même, mais en plus les commerçants sont bien plus fragiles qu'en mars.

"A la différence du premier confinement, où nous étions encore assez tôt dans la saison et où les commerçants ont pu annuler un certain nombre de commandes, nous sommes cette fois beaucoup plus avancés et les stocks sont déjà constitués", observe aussi Yohann Petiot, de l'Alliance du commerce, cité par l'AFP.

"Si les stocks ne sont pas écoulés ou s'ils le sont à faible prix, les commerçants vont générer moins de liquidités et auront moins de trésorerie disponible pour assurer les prochaines saisons", ajoute-t-il. D'où la crainte d'une "spirale défavorable pour beaucoup d'entreprises".

En outre, les mois de novembre et décembre sont souvent cruciaux dans le bilan des entreprises. "Quinze jours, en cette période, c'est deux mois de chiffre d'affaires perdus!", se désole de son côté Franck Mathais, porte-parole de JouéClub.

Conclusion, "les entreprises sont aujourd’hui beaucoup plus fragiles qu’au mois de mars et beaucoup d’entre elles, notamment les plus petites, seraient dans l’incapacité d’assumer un endettement supplémentaire", avertit la CPME.

> Des mesures de sécurité sanitaire bien plus complètes

Pour justifier leur demande de réouverture, les petits commerçants mettent en avant la mise en place de dispositifs de sécurité dans les boutiques qui étaient encore peu nombreux en mars dernier.

"Depuis la fin du confinement le 11 mai, ils appliquent scrupuleusement les recommandations sanitaires pour accueillir leurs clients", plaide le CDCF, la Confédération des commerçants de France.

> Que peuvent-ils espérer du gouvernement?

Le ministre de l'Economie a évoqué dans la matinée la possibilité d'une réouverture de certains commerces le 12 novembre.

Cette réouverture pourrait s'accompagner de règles sanitaires renforcées ou, par exemple, via la prise de rendez-vous avec les clients (dispositif notamment soutenu par les chambres de commerce et d'industrie ). "J'invite tous les commerçants à venir travailler avec moi cette semaine pour que nous regardions dans quelles conditions nous pourrions rouvrir le plus grand nombre possible de commerces dans les conditions de sécurité sanitaires totales", a ainsi déclaré Bruno Le Maire sur RTL.

Mais cela dépendra évidemment de l'évolution de la situation sanitaire et rien ne permet d'être optimiste aujourd'hui.

> Quels soutiens?

Les commerçants peuvent se prévaloir du soutien de nombreux maires et de leur association, l'AMF. Plusieurs édiles ont pris des arrêtés pour permettre aux commerces non-alimentaires de leurs villes de rouvrir dès samedi 31 octobre provoquant la colère du gouvernement.

C'est le cas, entre autres, aux Abrets-en-Dauphiné (Isère), à Aubusson (Creuse), à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), à Colmar (Haut-Rhin), Montauban (Tarn-et-Garonne), Valence (Drôme) et Yssingeaux (Haute-Loire), à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ou à Béziers (Hérault).

De son côté, Yves Hemedinger, député Les Républicains du Haut-Rhin, a annoncé lundi le dépôt d'une proposition de loi destinée à maintenir ouverts les commerces non alimentaires durant les périodes de confinement.

Olivier Chicheportiche avec AFP