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Pour le PDG de Danone, la souveraineté alimentaire doit être pensée "à l’échelle européenne"

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- - Eric Piermont - AFP

Emmanuel Faber, l’atypique patron de Danone, a indiqué que son groupe défendait auprès de Bruxelles l’adoption d’une politique alimentaire à l‘échelle européenne, pour aller plus loin que la politique agricole commune.

Ses propos et comportements détonnent souvent par rapport à ceux des autres dirigeants du Cac 40. Emmanuel Faber, le dirigeant de Danone depuis 2017, a été l’un des premiers au monde à transformer son groupe en "entreprise responsable", qui se fixe des objectifs environnementaux et sociaux ambitieux.

En pleine crise sanitaire, pas question de mettre de côté ces idéaux. Le PDG du 10e groupe agroalimentaire mondial mise au contraire sur une accélération des mesures politiques en faveur d’une agriculture durable à l’échelle européenne, a-t-il indiqué ce mardi sur Europe 1

L’ex-étudiant d’HEC estime en effet que la souveraineté alimentaire, évoquée notamment en France comme un nouveau but à atteindre, ne doit pas mener à “l’autarcie”. Il faut “raisonner à l’échelle européenne”. C’est pourquoi Danone a envoyé un courrier “à l’Union européenne pour demander une politique alimentaire commune, et plus seulement un politique agricole commune”. 

Réécrire les règles des importations agricoles

Emmanuel Faber considère que déjà, “la stratégie alimentaire de l’Europe est en train de se construire” sur des bases “très intéressantes”. Il liste par exemple “la réduction des pesticides par deux d’ici 2030, le bio qui couvrirait 25% des surfaces agricoles d’ici 2030, l’étiquetage nutritionnel, un accès à des semences traditionnelles beaucoup plus ouvert, en particulier en France”. 

Mais il y a des sujets qui mériteraient plus de volontarisme politique à ses yeux, notamment sur les importations de produits agricoles qui répondent à des normes bien moins contraignantes que celles appliquées en Europe. Notamment pour la viande, “puisque l’Europe importe 60% de ses protéines de zones qui déforestent, d’une agriculture qui n’est pas durable comme celle qui doit exister en Europe”. 

La solution selon lui: “il faut, autour de l’Europe, établir un système pour ne pas laisser entrer des produits sans que les consommateurs en soient clairement informés”. Et surtout, il ne faudrait pas que ces protéines, fruits ou légumes importés “soient mis sur le marché à des prix qui fassent concurrence à une agriculture durable”, souligne Emmanuel Faber. 

Dernière idée du patron de Danone pour favoriser la souveraineté alimentaire tout en préservant l’environnement: que “le carbone agricole soit inclus dans l’initiative ‘green deal’ européenne en cours, parce que c’est un enjeu formidable de résilience pour l’agriculture”. Concrètement, “l’agriculture extrait du carbone du sol. Elle en émet autant que toute l’industrie réunie”. Or “le carbone, si on le retire du sol, il perd toute sa fertilité, il laisse filer l’eau, l’eau d’irrigation est encore plus gaspillée qu’elle ne l’est aujourd’hui”. 

Donc “si on veut une agriculture demain, il faut absolument remettre du carbone dans le sol. Le meilleur moyen de le faire, c’est de donner une valeur à ce carbone. De faire en sorte que les agriculteurs puissent générer des revenus à partir de pratiques agricoles que nous appelons de l'agriculture régénératrice qui va permettre de remettre du carbone dans le sol et de traiter le problème de l’érosion de ces sols”. 

Nina Godart