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Pénuries de puces électroniques: de nouveaux cas de Covid à Taiwan inquiètent

Epargné par les vagues précédentes, Taiwan fait face depuis quelques jours à une recrudescence de cas dans ses usines. Une situation qui inquiète et qui risque d'accentuer les pénuries de puces électroniques.

L'automobile, l'informatique, l'industrie du jeu vidéo ou du smartphone... La pénurie de semi-conducteurs (les puces électroniques) frappe de nombreuses industries depuis plusieurs mois et fait craindre une flambée des prix.

Et si les industriels escomptaient un retour à un approvisionnement plus fluide dans le courant de l'année 2022, des nuages notamment en provenance de Taiwan font craindre de nouvelles difficultés.

Depuis quelques semaines, de nouveaux clusters sont apparus dans les usines de l'Archipel situé à l'est de la Chine. Le pays qui avait été épargné par les vagues précédentes avec seulement 11.000 cas et 300 décès pour 23,6 millions d'habitants enregistre de nouveaux cas de contaminations depuis quelques semaines, principalement dans des usines.

Plusieurs clusters ont ainsi été découverts dans le comté de Miaoli au sud de Taipei où se situe un des plus grands sites industriels du pays. Avec près de 2000 usines, ce complexe est l'épicentre de la production mondiale de semi-conducteurs. A ce jour, ce sont quatre entreprises technologiques qui ont fait état de nouveaux cas inquiétants de Covid parmi leurs employés.

63% du marché mondial

Comme King Yuan Electronics (KYEC) qui a annoncé 210 cas positifs, Greatek Electronics (20 cas), Accton Technology (13 cas) et Foxsemicon Integrated Technology (six cas). Sur ces quatre sites, le personnel a été isolé et la production temporairement mise à l'arrêt. Dans chacun des cas, ce sont des travailleurs étrangers (principalement venus des Philippines voisines). Taiwan compte plus de 400.000 travailleurs migrants qui travaillent dans les usines notamment celles de semi-conducteurs.

Au sein de la société KYEC la plus touchée, 170 des 210 cas positifs sont des employés étrangers.

Ce qui inquiète Wu Jing-Ru, la directrice de l’association des travailleurs étrangers de Taïwan interrogé par RFI.

"On a vu des dortoirs où plus de 100 personnes sont logées par étage. Dans ces conditions, c'est tout simplement impossible de respecter les distances de sécurité ! La pandémie a démarré il y a plus d’un an et le ministère du Travail n’a pris aucune mesure préventive sur le sujet. Si ça continue, ça va être une catastrophe."

Depuis le 5 juin, le quartier général de lutte contre l’épidémie (CECC) a décidé de mettre en quarantaine l'ensemble des travailleurs étrangers, certains sont envoyés dans des centres publics, d'autres isolés dans leurs dortoirs. C'est le cas de 2100 ouvriers de la société KYEC la plus touchée.

Jusqu'à présent le leader mondial du secteur TSMC spécialisé dans la fonderie semble épargner. La société n'emploie pas de travailleurs étrangers grâce notamment à son important niveau d'automatisation de ses usines.

Le risque est que la multiplication de ces cas crée des goulots d'étranglement qui paralysent temporairement la production et retardent la reprise.

"Certaines livraisons devraient être décalées de juin à juillet, voire à août, et la crise s'aggravera si davantage d’ouvriers sont placés en quarantaine," explique à L'Usine Digitale Brady Wang, directeur-associé au cabinet Counterpoint Research, basé à Taïwan.

La question de la dépendance industrielle du monde vis-à-vis de Taiwan est plus que jamais d'actualité. Le pays fabrique 63% des puces électroniques de la planète devant la Corée du Sud (18%) et la Chine (6%) selon les données de TrendForce. A lui seul le géant TSMC représente 54% des revenus mondiaux de ce secteur estimés à 85 milliards de dollars en 2020. La société taiwanaise est le principal fournisseur des géants de l'électronique Apple, Qualcomm ou encore Nvidia ainsi qu'un nombre croissant d'entreprises d'autres secteurs industriels.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco