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Retraite : faut-il la prendre avant la future réforme ?

Des incertitudes pèsent sur les retraites complémentaires.

Des incertitudes pèsent sur les retraites complémentaires. - Philippe Huguen - AFP

Pour rééquilibrer les retraites complémentaires, un malus devrait être imposé en cas de départ anticipé. D'où l'intérêt d'anticiper cette réforme.

Si un mot définit le système des retraites actuellement, c'est bien "incertitude". La dernière réforme des retraites est à peine entrée en vigueur en 2014, que les yeux sont déjà tournés vers la prochaine. Les partenaires sociaux ont entamé fin février une difficile négociation pour renflouer les régimes Agirc (cadres) et Arrco (tous les salariés du privé), dont les réserves seront épuisées respectivement en 2018 et 2027. Une nouvelle réunion se tiendra le 10 avril, l'accord final devant être trouvé avant fin juin.

Et pour l'instant, les pistes évoquées ont de quoi effrayer ceux qui pensaient pouvoir jouir de leur retraite avant 65 ans. Pour les personnes nées en 1955 ou après, l'âge de départ à la retraite pourrait passer de 62 ans à 65 ou 67 ans. Les cadres pourraient certes toujours partir à 62 ans comme la loi le prévoit. Mais ils ne toucheraient alors, en totalité, que leur retraite de la sécurité sociale. S'ils souhaitent arrêter de travailler à 65 ans voire 67 ans, une décote serait appliquée à leur pension complémentaire. Ces réductions du montant de la pension seront temporaires (ils s'annuleraient à 67 ans) et dégressifs (ils diminueraient au fur et à mesure).

Tout l'enjeu est donc de savoir s'il faut partir à la retraite avant la réforme. Pour l'instant, seules les personnes nées en 1953 et 1954 peuvent se poser la question, puisque celles nées en 1955 et après peuvent pas partir avant l'âge légale de 62 ans, soit au moins en 2017.

Continuer à travailler?

Pour Marc Darnault, gérant d'Optimaretraite, un salarié qui a atteint l'âge légal pour bénéficier du taux plein de la retraite de la sécurité sociale "a intérêt à s'engouffrer dans le cumul emploi-retraite". Ne sachant pas comment les futures réformes des retraites vont s'orienter, il doit donc faire le plus vite possible les démarches nécessaires. Il se privera certes de la possibilité de surcoter dans le régime général, mais il est certain de percevoir ses retraites complémentaires sans abattement.

En revanche, pour un salarié qui n'a pas le taux plein, la décision est plus compliquée. "il doit regarder s'il peut racheter des trimestres (procédure très coîteuse) et s'il a de quoi vivre". En effet, lors d'un départ anticipé, le cumul-emploi retraite est plafonné. Pour Marc Darnault, s'il y a trop de trimestres à racheter, il vaut mieux continuer à travailler.

Bruno Chrétien, président de l'Institut de la protection sociale, explique dans Les Echos, que les personnes n'ayant pas le taux plein ont intérêt à attendre. "Le recul effectif de l'âge de départ dans les complémentaires sera instauré progressivement, à l'horizon 2017 ou 2019, afin d'éviter tout effet d'anticipation". La plupart des personnes nées en 1953 ou 1954 devraient donc échapper aux mesures qui s'annoncent.

Une décote à géométrie variable

Trois scénarios sont envisagés. Selon un document consulté par l'Express, le moins douloureux prévoir 20% à 62 ans, 16% à 63 ans, 12% à 64 ans, 4% à 65 ans et 2% à 66 ans.

Selon Emmanuel Grimaud, président de Maximis retraite, pour un cadre né en 1956 et pour lequel les retraites complémentaires représenteraient deux tiers de sa pension globale (3.041 euros/mois sur un total de 4.474 euros/mois par exemple), 22 % d'abattement sur des retraites complémentaires liquidées à 62 ans se traduiraient en fait par une baisse d'environ 15 % du montant total de sa retraite.

Les deux autres scénarios sont 30% à 62 ans, 24% à 63 ans, 18% à 64 ans, 6% à 65 ans, 3% à 66 ans, et le plus douloureux : 40% à 62 ans, 32% à 63 ans, 24% à 64 ans, 8% à 65 ans, 4% à 66 ans.

D. L.