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Offre de Veolia: le président de Suez alerte le gouvernement sur une "menace de pertes d'emplois"

Philippe Varin, président de Suez veut "convaincre" le gouvernement "que sur le fond, ce projet a des failles"

Philippe Varin, président de Suez veut "convaincre" le gouvernement "que sur le fond, ce projet a des failles" - ERIC PIERMONT

Le président de Suez Philippe Varin craint que l'OPA "hostile" de Veolia provoque des pertes d'emplois. Il "compte bien convaincre le Premier ministre que sur le fond, ce projet a des failles".

Engagé dans un bras de fer contre le projet de rachat "très hostile" de Veolia, le président de Suez Philippe Varin met en garde dimanche contre un risque de plan social si son rival parvenait à ses fins.

Juste avant la rentrée, Veolia, leader mondial du traitement de l'eau et des déchets, a annoncé vouloir racheter son concurrent historique Suez, en commençant par la reprise de l'essentiel des parts (29,9%) détenues par Engie.

"Pour nos 90.000 collaborateurs, dont 30.000 en France, c'est la menace de pertes d'emplois", affirme Philippe Varin dans une interview au Journal du Dimanche.

Entre les deux groupes, la bataille d'influence porte particulièrement sur l'emploi, sur lequel l'Etat, actionnaire de référence d'Engie, a prévenu qu'il serait vigilant sans pour autant s'opposer à l'opération.

"Je compte bien convaincre le Premier ministre que sur le fond, ce projet a des failles. Il comporte de considérables risques d'exécution", avance Philippe Varin, qui parle d'une offre "très hostile" de Veolia.

La tâche n'est pas gagnée. Depuis l'annonce d'intention de Veolia, le gouvernement soutient ouvertement la fusion. Le Premier ministre Jean Castex, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, puis Elisabeth Borne, ministre du Travail, tentent de convaincre Suez d'accepter l'offre de Veolia pour faire émerger un "grand champion" français.

Pas de casse sociale en France?

Sur la question sociale, la ministre du Travail avance même qu'il n'y aurait pas de casse sociale en France.

"J'ai eu le PDG de Véolia [Antoine Frérot , NDLR] qui m'a assuré qu'il n'y aurait pas de perte d'emplois en France, a indiqué Elisabeth Borne sur BFM Business. Les syndicats de Suez le savent bien, c'est des contrats avec des collectivités qui vont continuer à être mis en oeuvre. L'objectif c'est qu'il n'y ait pas de suppression d'emplois en France."

Philippe Varin est loin d'en être convaincu.

"On ne peut pas annoncer 500 millions de synergies et dire qu'il n'y aura pas d'impact. Je ne l'ai jamais vu de ma vie. Si on regarde Alcatel-Lucent, LafargeHolcim, GE-Alstom, chaque fois, des promesses ont été faites. Chaque fois, il y a eu des plans sociaux après", rétorque le président de Suez.

"Je comprends tout à fait que le conseil d'administration d'Engie veuille traduire en cash sa participation dans Suez. Mais pour résoudre ce problème, la décision d'Engie sur la proposition de Veolia déterminerait le futur de Suez et consisterait notamment à démanteler le groupe Suez en France", déplore-t-il.

En début de semaine, le président d'Engie avait annoncé qu'il étudierait attentivement un "nouveau projet" de Suez s'il parvenait à lui présenter rapidement "une offre alternative".

"Le management est en train de bâtir une solution alternative que le conseil (d'administration de Suez, ndlr) encourage. Les travaux sont en cours et, pour leur sérénité, je ne peux pas en dire plus", souligne Philippe Varin.

Pascal Samama avec AFP