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Malgré la victoire attendue de Biden, l'horizon des compagnies pétrolières américaines se dégage

Une exploitation de gaz de schiste (photo d'illustration)

Une exploitation de gaz de schiste (photo d'illustration) - -

Loin d'être un raz-de-marée démocrate, le scrutin montre au contraire la solidité des positions républicaines au Sénat. Une bouffée d'air frais pour les exploitants de pétrole et de gaz américains. 

C'était une des rares bonnes nouvelles du confinement de mars : la planète avait ainsi enregistré début avril une réduction de près de 17 % des émissions journalières de CO2 par rapport aux taux moyens de 2019. Une partie du monde était à l'arrêt et notamment au Texas où certains foreurs ont été contraints de réinjecter leur pétrole de schiste sous terre, faute de demande. 

Il faut dire que la crise a secoué le cours du brut. La journée du 20 avril restera d'ailleurs dans l'histoire lorsque le baril américain de pétrole brut, le WTI, a plongé à -40 dollars. Une anomalie corrigée par la suite avec une remontée des prix mais le marché de l'or noir reste toujours bas : moins de 40 dollars le baril, trop juste pour satisfaire les producteurs texans, qui peinent à rester rentables.

Ces derniers mois, l'industrie pétrolière et gazière américaine a particulièrement souffert. Une vingtaine d'entreprises ont déjà fait faillite, incapables de payer l'entretien des puits alors que le marché déborde de pétrole. A ces mauvaises nouvelles, s'ajoutait le spectre d'un raz-de-marée démocrate lors de l'élection présidentielle américaine. 

Biden, roi nu ?

Joe Biden ne l'a pas caché. S'il était élu, son pays réintégrait l'Accord de Paris sur le climat. Surtout, il a fait une annonce fracassante lors du dernier débat face à Donald Trump. "Je me détournerai progressivement de l'industrie pétrolière" a lancé le candidat. Son rival a d'ailleurs souligné l'importance de la sortie: "C'est une sacrée déclaration" a lancé Trump. "Il détruit l'industrie pétrolière. Est-ce que vous vous en souviendrez au Texas? Est-ce que vous en souviendrez en Pennsylvanie, en Oklahoma, en Ohio?" 

Alors les sondages prédisant une victoire large de Biden avaient de quoi faire frémir au Texas, en Pennsylvanie, en Oklahoma et en Ohio. Ce jeudi, si le vice-président d'Obama se dirige vers une victoire probable, il pourrait bien devenir un roi nu. Car du côté du Sénat, les Républicains pourraient l'emporter et cela compliquerait considérablement l'action politique de Biden, qui souhaite engager un gigantesque plan de 2000 milliards de dollars en faveur de la transition énergétique. Un plan presque impossible à mettre en place sans le soutien du Congrès. 

Quelle demande pour demain ?

Les marchés ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. ExxonMobile et Chevron, deux des "supermajor" mondiales ont ainsi repris des couleurs en Bourse, tout comme l'indice S&P 500 Energy, composé principalement d'entreprises pétrolières.  

Reste encore à savoir si la demande en pétrole sera durablement affectée par cette crise qui accélère la transition énergétique dans de nombreux pays. En France, le soutien à l'industrie aéronautique passe ainsi par une transition à marche forcée à l'hydrogène.  

De la même manière, l'élection de Joe Biden pourrait aussi rebattre les cartes du marché du pétrole. Le démocrate a notamment promis de revenir au sein de l'accord iranien et apaiser les tensions avec Téhéran. Et cela passerait par la levée du blocus sur le pétrole iranien qui pourrait alors alimenter un secteur encore déstabilisé… 

Thomas Leroy Journaliste BFM Business