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Les musées peuvent-ils vendre leurs oeuvres d’art pour survivre à la crise?

Au Musée d'Orsay, des oeuvres d'art Pompier achetées au 19e siècle sont tombées dans l'oubli des décennies avant de revenir à la mode.

Au Musée d'Orsay, des oeuvres d'art Pompier achetées au 19e siècle sont tombées dans l'oubli des décennies avant de revenir à la mode. - PHILIPPE LOPEZ / AFP

Aux Etats-Unis, les musées peuvent désormais vendre des pièces de leurs collections pour renflouer leurs caisses avec la bénédiction du milieu de l’art. En France, les oeuvres sont inaliénables, une telle pratique est donc interdite.

Aux Etats-Unis, les musées viennent d’obtenir la bénédiction de la puissante association des directeurs de musées d’art pour vendre des oeuvres aux seules fins de remplir leurs caisses. Un moyen de se renflouer pour survivre à la pandémie qui les prive de visites, raconte CBS ce lundi. 

Les musées américains, à la différence des Français, avaient déjà le droit de remettre des pièces de leurs collections sur le marché. Mais à condition que ce soit pour acheter d’autres oeuvres. Ce qu'a fait par exemple le Baltimore Museum of Art qui s’est séparé ces dernières années de plusieurs pièces de ses archives pour acquérir plus d'œuvres de femmes et d'artistes de couleur.

Plus de flexibilité financière

Toute autre vente, notamment destinée à payer les factures, était vivement condamnée par l’association des directeurs de musées américains. Mais cette dernière a donc infléchi sa position en temps d’épidémie, et pour les deux prochaines années, afin de leur donner plus de “flexibilité financière”. 

Rien de ce genre à attendre en France, puisque depuis 2002 et la loi sur les musées, les oeuvres d’art des collections publiques sont inaliénables. C’est une particularité française: les 1200 musées de l’Hexagone, à l’exception d’une dizaine de musées privés, ne sont pas propriétaires de leurs oeuvres. C’est l’Etat qui l’est.

A ce titre, “tout ce qui rentre dans les collections publiques que ce soit par achat ou donation, ne peut aucunement être vendu, pour aucun motif que ce soit”, explique Paul-Marie Martel, expert de la vente et de l’achat d’entreprise auprès de C2L Expertises.

Ce principe de l’inaliénabilité a déjà été questionné, notamment en 2015, dans un rapport de la commission des affaires culturelles de l'Assemblée. Ses auteurs défendaient la possibilité pour les musées de France, comme aux Etats-Unis et en Allemagne, de vendre les tableaux entassés dans leurs réserves. Des oeuvres souvent mal conservées, dans des conditions de sécurité insuffisante, faute d’avoir les moyens de les restaurer. Ce fût par exemple longtemps le cas de la Venus du Pardo du Titien, parmi 250.000 autres objets et oeuvres amassés dans des réserves inondables sous le musée du Louvre. 

Peu de chance de changer l'inaliénabilité française 

Mais cette loi a “très peu de chances de changer”, estime Paul-Marie Martel. "C'est un sujet controversé. Ne serait-ce que pour pérenniser les donations de collection, l’Etat doit pouvoir se porter garant auprès que les oeuvres données resteront dans un musée public de manière imprescriptible", souligne l’expert. 

Il y a aussi la question épineuse du choix de l’oeuvre à vendre. “Pour un conservateur, ce serait une décision très difficile de vendre telle ou telle pièce à un moment donné, dans ce marché à effets de mode. Rappelons nous que le musée d’Orsay a conservé des oeuvres de peintres pompiers, très à la mode au 19e siècle, qui étaient tombées dans l’oubli pendant des décennies, et qui reviennent maintenant au goût du jour”, illustre Paul-Marie Martel. 

Des petits musées en difficulté

Et puis les musées français ont moins besoin que les Américains de trouver des fonds rapidement, rappellent les spécialistes. “En France, l'État leur alloue des budgets de fonctionnement et d’acquisition tous les ans”, souligne la maison de vente Christie’s. 

Reste que, loin du Louvre et du Mucem, l'absence de visiteurs crée des problèmes de trésorerie urgents à des petits musées de collectivités. A Plougastel en Bretagne par exemple, le musée de la Fraise a lancé une campagne de crowdfunding pour sauver sa salle d’exposition, relatait Ouest France fin-avril. L'établissement propose aux contributeurs des bons d’achats à utiliser jusqu’à fin 2020 dans la boutique du musée, pour des confitures et autres sirops. Une opération qui lui a permis de récupérer un peu moins de 700 euros.

Nina Godart