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Les LGBTQ+ hésitent de plus en plus à faire leur coming-out au travail

Près de la moitié des LGBTQ+ sont prêts à mentir sur leur orientation sexuelle et leur identité lors d’une conversation informelle avec leur manager.

Près de la moitié des LGBTQ+ sont prêts à mentir sur leur orientation sexuelle et leur identité lors d’une conversation informelle avec leur manager. - Pixabay

Selon un sondage du Boston Consulting Group et de Têtu, seulement 43% des personnes lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queers et non binaires ont fait part de leur orientation sexuelle dans leur entreprise. Un chiffre qui marque un recul de 11 points par rapport à 2018.

Au travail, on parle de ses vacances, de ses enfants, de sa belle-mère… mais pas de son orientation sexuelle. Le baromètre effectué par le Boston Consulting Group en partenariat avec le magazine Têtu fait état d’un recul de l’inclusion des LGBTQ+ dans le monde de l’entreprise. Une première depuis sa création en 2014.

Ainsi, 43% des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, et non binaires ont fait leur coming out auprès de leurs collèges. C’est 11 points de moins qu’il y a deux ans. De plus, près de la moitié des LGBTQ+ sont prêts à mentir sur leur orientation sexuelle et leur identité de genre lors d’une conversation informelle avec leur manager

"En France, on est en retard, en particulier par rapport aux pays anglo-saxons, mais d'habitude on progresse. Cette année, l'ampleur du recul est inquiétante", a expliqué à l'AFP le président de Têtu, Albin Serviant.

Un "désavantage" au travail?

Pourquoi ce silence? 38% des sondés estiment que leur coming-out représente un "désavantage" au travail. Là encore, le malaise s’est installé car ils n’étaient que 30% à le penser en 2018 et 2017.

Chez les étudiants et les jeunes, ce taux grimpe à 47%, soit 10 points de plus que les employés. Les seniors (55-64 ans), sans doute car leur carrière est déjà bien tracée, sont les moins craintifs sur le sujet car ils ne sont que 20% à penser que leur orientation sexuelle peut poser un problème.

Le BCG et Têtu avancent plusieurs pistes pour expliquer le recul de 11% des coming out au travail, parmi lesquelles le travail à distance. "Le télétravail a déshumanisé en partie nos interactions professionnelles: on ne s'attarde plus pour échanger sur qui nous sommes, mais seulement sur ce que nous faisons et produisons", analyse Thomas Delano, du BCG.

Ils pointent également "l'émergence de sujets clivants dans le débat public et la multiplication de prises de parole conservatrice", "moins propice" aux LGBT.

Davantage d'actions concrètes sont attendues

Le panel de l’étude comprend aussi davantage de répondants non gays (des personnes lesbiennes, bisexuelles, trans, queers, non binaires…), qui traditionnellement font moins leur coming out au travail, soulignent les auteurs de l’étude. Pour comparaison seuls 21% des bisexuels ont fait part de leur orientation sexuelle sur leur lieu de travail, alors que plus de la moitié des gays l’ont fait.

Les personnes LGBTQ+ estiment que l’environnement professionnel ne leur offre pas un cadre épanouissant : 22% déclarent ne pas pouvoir "être eux-mêmes" au travail et 15% pensent que leur manager ne créée pas un environnement sûr, soit deux fois plus qu’en 2018. Leur orientation sexuelle et leur identité de genre est aussi un frein à leur carrière, estiment 43% des sondés.

Ceux qui n’ont pas fait leur coming out attendent des actions concrètes de la part de leur entreprise : 69% ont cette attente avant de se dévoiler. Les chartes sur l’inclusion ne sont plus des garanties suffisantes, ils attendent des engagements concrets et mesurables par les employés.

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco