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Les différences de salaires se sont nettement réduites depuis 1992

La baisse du nombre d'agriculteurs masque l'engouement des Français pour le statut d'indépendant.

La baisse du nombre d'agriculteurs masque l'engouement des Français pour le statut d'indépendant. - MYCHELE DANIAU / AFP

Contrairement à ce que pensent les Français les plus mal payés, l'échelle des salaires est bien plus resserrée aujourd'hui qu'il y a 25 ans, souligne une étude de la Dares. Et ce n'est pas la seule idée reçue que l'institut statistique du ministère du Travail bat en brèche.

La Dares nous fournit d'habitude les chiffres du chômage, mensuellement, et leur évolution à court terme. Mais c'est sur une bien plus longue période que vient de se pencher l'institut de la statistique du ministère du Travail. Ses analystes ont regardé des données sur l'évolution des métiers en France depuis trente ans. Et certains enseignements battent en brèche les idées reçues.

Par exemple, les Français qui exercent un emploi non-salarié sont bien moins nombreux aujourd'hui qu'il y a trois décennies. Certes, les Français sont de plus en plus nombreux à créer leur entreprise ces dernières années et leur engouement pour le statut de freelance est réel. Mais cette tendance ne compense pas, loin s'en faut, la disparition massive des exploitants agricoles depuis le début des années 80, comme on le voit très bien sur le tableau ci-dessous.

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D'ailleurs, la Dares reconnaît dans ses conclusions que cette baisse "de la part globale du travail indépendant peut masquer le développement rapide, mais à un niveau encore modeste et dans certains métiers spécifiques, de nouvelles formes d’emploi reposant sur l’utilisation de plateformes numériques par des travailleurs non-salariés". En clair, oui, le nombre de chauffeurs travaillant avec Uber ou ses concurrents augmente rapidement, et oui, les indépendants sont toujours plus nombreux. Mais non, ils ne le sont pas assez pour remplacer les agriculteurs qui ont cédé leur exploitation à plus gros qu'eux ou profité de l'extension des villes pour vendre très avantageusement leurs terres.

En parallèle, la part des travailleurs salariés a augmenté. En 30 ans, elle est passée de 83% à 89%. Mais avec bien davantage de CDD et d'intérimaires. Ces formes d'emploi précaire ont connu "une progression soutenue", en particulier chez les jeunes. Elles concernent 35% des salariés de moins de 30 ans aujourd'hui contre seulement 19% au début des années 80.

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En outre, l'institut a observé que, tous métiers confondus, la moitié des salariés gagne moins de 1.800 euros. Ce salaire médian varie évidemment selon les niveaux de qualification (voir tableau ci-dessous) mais aussi par métier. Et c'est là le deuxième enseignement étonnant de l'étude: l'échelle des salaires par métiers s'est resserrée. Un mouvement inverse à la polarisation des richesses dénoncée par les ONG mondiales, avec des riches de moins en moins en nombreux mais de plus en plus fortunés.

Par exemple, le salaire médian du métier le mieux rémunéré correspondait, dans les années 90, à 2,3 fois le salaire médian global. Aujourd'hui, il représente moins du double. Même évolution, mais dans une moindre mesure pour le salaire médian du métier le moins rémunérateur: il est passé de 60% du salaire médian global il y a 20 ans, à 70% aujourd'hui.

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Deux explications à cela: d'abord le salaire minimum qui a profité de nombreuses revalorisations depuis 30 ans. Ensuite, le nombre de diplômés qui a augmenté bien plus rapidement que la demande en travailleurs qualifiés. Avec comme conséquence plus de concurrence, et donc "une pression à la modération salariale", souligne le rapport.

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Ce rapport permet enfin de quantifier des tendances bien palpables, comme la désindustrialisation de l'Hexagone: on apprend que la France a perdu 1 million d'emplois industriels depuis le début des années 80. Soit un quart des emplois du secteur secondaire.

On constate aussi que les femmes représentent désormais 48% des personnes qui travaillent, et que leur part a particulièrement augmenté dans les emplois les plus qualifiés. On mesure enfin l'ampleur du vieillissement de la population. Les plus de 50 ans représentent désormais quasiment 3 actifs sur 10, alors qu'ils étaient 17% du début des années 80. Le fruit des réformes de l'âge de départ en retraite, du vieillissement des babyboomers et de l'arrivée plus tardive des jeunes sur le marché du travail.

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco