BFM Business

Les défaillances d'entreprises au plus bas depuis 1989, une baisse en trompe-l'œil

Le nombre de personnes en procédure de rétablissement personnel, sorte de faillite civile, est passé de 28 000 à 48 000 entre 2009 et 2011.

Le nombre de personnes en procédure de rétablissement personnel, sorte de faillite civile, est passé de 28 000 à 48 000 entre 2009 et 2011. - -

Selon le cabinet Altares, la proportion de liquidations judiciaires augmente très nettement et touche désormais 3 entreprises en défaillance sur 4, révélant une fragilisation alarmante du tissu économique.

Malgré la crise économique sans précédent que traverse la France, pour le moment, la vague des faillites d'entreprises n'a pas eu lieu. Si le nombre de défaillances augmente cet été par rapport aux mois précédents avec 6702 procédures comptabilisées, selon les chiffres du cabinet Altares, ce niveau reste très en-deçà (-35,4 %) de ce qui était observé sur la même période en 2019.

Il faut ainsi remonter à 1989 pour trouver des données aussi peu élevées sur 12 mois glissés à fin septembre. Mais évidemment cette baisse est en trompe l'oeil.

Au 3ème trimestre 2020, le secteur du commerce s’avère le plus touché, avec 1517 défaillances (mais en baisse de 35,6% vs. 3e trimestre 2019). La construction, qui concentre traditionnellement le plus grand nombre de défauts, connaît quant à elle un très net recul de 42,3% avec 1447 procédures. Viennent ensuite les services aux entreprises et l’Hébergement-Restauration-Cafés.

Comme le soulignait sur BFM Business, Hélène Bourbouloux, administratrice judiciaire, ce niveau très bas des défaillances s'explique "par le report de l'obligation judiciaire d'avoir à régulariser une déclaration de cessation de paiement. Et puis le fait que de nombreux dispositifs de soutien aux trésoreries sont venus donner du souffle aux entreprises et que beaucoup d'accords ont été trouvés avec les créanciers: la dette n'est plus exigible et donc l'obligation de déposer le bilan est reporté".

Signaux négatifs

"L’Etat, qui a très tôt mis en place des mesures de soutien (chômage partiel, PGE, report des cotisations et aménagement des règles de cessation de paiement, etc.) a permis aux entreprises de tenir le choc, jusqu’à maintenant", abonde Thierry Millon, directeur des études Altares.

"Plusieurs signaux nous alertent cependant, en particulier la proportion grandissante de liquidations directes, révélatrice d’entreprises qui ont sans doute trop attendu pour se déclarer en cessation", poursuit le responsable.

Alors qu’elles représentent traditionnellement un peu plus de 2 procédures sur 3 (68,4% à l’été 2019), les liquidations judiciaires concernent au 3e trimestre 2020 plus de 3 entreprises sur 4 (75,8% des procédures), soit 5081 sociétés au total, relève Altares.

Une vague d'une dizaine d'années

"Une tendance qui indique qu’à l’heure post Covid, les entreprises se présentent devant le tribunal dans des conditions financières ne permettant plus d’envisager une poursuite d’activité", peut-on lire.

Bref, la vague attendue n'a pas disparue, elle est juste retardée. "Une explosion des défaillances est redoutée par beaucoup dès ce dernier trimestre 2020. Mais en réalité, alors que l’économie n’aura pas encore pansé toutes ses plaies, c’est davantage sur le premier semestre 2021 - à la croisée des chemins de la reprise très gourmande en liquidités, et des premières échéances des Prêts Garantis par l’Etat à rembourser au printemps (même si le gouvernement vient d'annoncer que ces remboursements pourront être retardées d'un an pour les entreprises qui en ont réellement besoin, NDLR)- que l’heure de vérité pourrait sonner", commente Thierry Millon.

"Moi je m'attends à une vague qui sera beaucoup plus longue qu'un an, je pense qu'on a probablement, malheureusement, une dizaine d'années de repli parce qu'on a des sociétés industrielles qui sont sur un temps long, on un secteur du tourisme qui prévoit un retour à la normale en 2026/2027 (...) donc je pense que la vague va être plus longue que ce qu'on pouvait imaginer au démarrage", prévient de son côté Hélène Bourbouloux.
Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business