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Le réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim sera arrêté samedi

Un décret donne le feu vert au démantèlement de la plus vieille centrale nucléaire de France, qui commence samedi 22 février. Douze réacteurs vont être fermés d'ici 2035.

C’est officiel. Le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim est entériné par un décret publié au JO, qui met fin à des années de débat et lance la fermeture définitive du site alsacien. Coup d’envoi ce samedi 22 février, à 2h30, avec l'arrêt du premier réacteur. Clap de fin le 30 juin, avec l'arrêt du réacteur n° 2.

Mise en service en 1977, c’était la doyenne des centrales françaises. Son équipement vieillissant et sa proximité avec l’anti-nucléaire Allemagne inspiraient de vives critiques. Celles-ci se sont intensifiées après la catastrophe japonaise de Fukushima, causée par un séisme en 2011, rappelant que Fessenheim se situe également en zone sismique.

Il a fallu attendre cette même année pour que l’Etat scelle le sort de la centrale décriée, après moultes grèves de la faim et manifestations de militants.

Flamanville toujours en construction

Mais 2020 ne sonne pas la fin du nucléaire: douze réacteurs supplémentaires, sur les 58 que compte la France aujourd'hui, doivent être arrêtés d'ici 2035. Sans entraîner de fermeture de centrale complète, comme à Fessenheim. Et on attend toujours la mise en service de l’EPR de Flamanville, réacteur d’une nouvelle génération qui accumule les retards.

La fermeture de Fessenheim reste cependant une "première étape dans la stratégie énergétique de la France", a salué Matignon.

Pas d'arrêt des controverses

Mais l’Etat n’est pas au bout de ses peines: d’un côté, l’association Stop Fessenheim pointe les "dangers liés à la fermeture: pendant au moins trois ans, le combustible nucléaire restera stocké dans les piscines de décontamination, qui sont non-bunkérisées et dont les toitures sont un simple toit en tôle", interpelle son président André Hatz.

L'évacuation des combustibles usés devrait intervenir d'ici à l'été 2023, puis le démantèlement à proprement parler durer jusqu'à 2040, au plus tôt.

Décarboniser la France

De l’autre, les défenseurs du nucléaire dénoncent à l'inverse l'absurdité de se priver de cette source d'énergie décarbonée, quand le réchauffement climatique fait des ravages et que la France s'est fixé pour horizon la neutralité carbone en 2050.

"Il n'est pas concevable d'arrêter aujourd'hui deux réacteurs nucléaires en très bon état et de continuer à produire de l'électricité à base de charbon sur le sol français jusqu'en 2024, voire 2026" s'étrangle le député LR Raphaël Schellenberger, qui préside une commission parlementaire de suivi de la fermeture de la centrale.

Les élus alsaciens s’inquiètent, eux, des pertes d’activité liée à l’arrêt de Fessenheim qui génère quelque 2000 emplois. Mais "tous les salariés retrouveront un emploi" promet ce mercredi la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne sur RMC.

D'autres avancent les coûts sur les finances des collectivités face à la réorganisation du réseau électrique, et l’indemnisation de l’exploitant EDF. En 2014, l’Assemblée nationale avait évalué la facture à cinq milliards d’euros.

70% de la production d'énergie en France

Actuellement, les centrales nucléaires assurent 70% de la production d'énergie en France: de loin la plus forte proportion au monde, avec le deuxième plus important parc nucléaire au monde derrière les Etats-Unis. Un réacteur comme ceux de Fessenheim produit chaque mois en moyenne l'équivalent de la consommation de 400.000 foyers, selon EDF.

Fanny Guyomard avec AFP