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Le CO2-score, vrai avancée écologique ou simple "joker" du gouvernement?

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Image d'illustration - AFP

Cette proposition de la Convention Citoyenne, qui permettrait d'afficher le score carbone des produits et services, semble faire l'unanimité. Mais pour certaines ONG, cette mesure est "une manière de se décharger de la responsabilité" de la baisse des émissions de CO2.

Beaucoup font polémique, mais une proposition de la Convention Citoyenne pour le Climat semble déjà quasi-adoptée sur le principe: le "CO2-score", qui pourrait devenir aussi familier que le nutri-score en épicerie ou l'étiquette-énergie sur l'électroménager. Au risque d'être l'arbre qui cache la forêt des mesures écartées ?

Les milieux de l'aérien, de l'automobile, du transport routier ou de la publicité sont vent debout contre les propositions de la CCC pour encadrer leurs secteurs ou tenter d'en modifier les usages par la fiscalité.

Ils agitent principalement le spectre de pertes d'emploi massives et l'exécutif vient d'ailleurs de reconnaître qu'il faudrait "repousser" certaines mesures en raison de la récession liée à la crise du Covid-19.

Mais le score carbone suggéré par la Convention pour afficher clairement l'impact environnemental des produits et services est plébiscité, mis en avant comme une solution à de nombreux problèmes, voire un remplacement d'autres mesures plus douloureuses.

Double détente

Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est ainsi prononcé pour "l'information" contre "l'interdiction": "Je suis convaincu que si on informe très clairement les Français sur les dommages que causent à l'environnement certains véhicules très polluants, ils changeront leurs habitudes de consommation" a-t-il expliqué.

Une alternative à double détente, car la convention a proposé un encadrement de la publicité et une taxation au poids des voitures, que le gouvernement a déjà écarté du projet de budget. Mesures qui frapperaient par exemple de plein fouet les SUV, chouchous de la pub - et des acheteurs - mais honnis par les défenseurs de l'environnement.

Le score carbone est également une des mesures les plus valorisées dans les premières notes d'impact réalisées par l'administration pour débattre des propositions de la CCC avec les parties prenantes et les parlementaires. Des notes souvent très sévères sur d'autres mesures. "A charge" dénoncent même les ONG environnementales.

"Dans le bon sens"

Sans prendre parti dans ces débats, le Haut Conseil pour le Climat (HCC), organisme indépendant qui évalue la politique du gouvernement, a également vanté dans un rapport publié cette semaine la mise en place d'un score carbone, qui permettrait de prendre en compte les "émissions importées", environ la moitié de celles induites par la consommation du pays, qui n'entrent pas aujourd'hui dans les politiques nationales de lutte contre le réchauffement.

"On voit que ça commence à prendre, ça va dans le bon sens," se réjouit Grégoire Fraty, co-président de l'association de participants à la CCC "Les 150".

Mais il prévient: "ça ne veut pas dire qu'on lâchera sur d'autres mesures. Pour nous le CO2-score n'est qu'un préalable". Et de s'inquiéter pour le périmètre de la mesure, que les "Citoyens" veulent voir appliquée à tous les "produits et services": "Il ne faut pas que ce soit juste sur certaines choses".

"Signal-prix"

"Le score carbone ne remplace pas d'autres mesures, donner de l'info aux gens ne suffit pas", abonde Benoît Leguet, directeur d'I4CE, Institut de l'économie pour le climat. "Prenez l'exemple du tabac, il y a aussi une incitation fiscale sur le prix, une interdiction liée à l'âge, tout un système de prévention".

"C'est un mix de politiques publiques qui ne sont pas substituables les unes aux autres, le score carbone n'est pas l'alpha et l'oméga, on peut en même temps mettre un 'signal-prix'. Et on peut en tirer des co-bénéfices", poursuit cet expert, par ailleurs membre du HCC. Par exemple, la vente de véhicules moins polluants aurait un effet bénéfique sur la qualité de l'air, cause de près de 50.000 décès prématurés par an en France.

Les ONG environnementales sont quant à elles particulièrement méfiantes.

"Le score carbone n'est pas du tout la mesure la plus structurante de la Convention", relève Clément Sénéchal, porte-parole Climat Greenpeace. Qui s'inquiète: "Il va servir de joker contre les autres mesures nettement plus structurantes et qui conduisent vraiment à des baisses d'émissions".

"Ca va permettre d'écarter l'interdiction de la publicité ou une fiscalité vraiment dissuasive avec un vrai signal-prix. C'est une manière de se décharger de la responsabilité de la baisse des émissions sur les citoyens sans avoir à canaliser la production", fustige-t-il.

T.L avec AFP