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La fin de l'euro rendrait-elle vraiment la France plus compétitive?

La sortie de l'euro n'est pas une panacée pour la compétitivité tricolore

La sortie de l'euro n'est pas une panacée pour la compétitivité tricolore - Montage BFM Business.com

Dans une récente étude, le CEPII démontre que si l'euro disparaissait et tous les pays revenaient à leur monnaie nationale, la compétitivité de la France ne remonterait pas mécaniquement en flèche. Certains secteurs (agriculture, finance...) y perdraient, d'autres y gagneraient.

C'est l'argument massue que met en avant Marine Le Pen pour justifier l'abandon de l'euro: la sortie de la monnaie unique permettrait à la France de retrouver sa compétitivité.

"L'euro est sous-évalué de 6% pour l'Allemagne et surévalué de 15% pour la France, cela veut dire qu'il y a un différentiel de 21% de compétitivité du fait de cette monnaie unique. Cela nous tue", affirmait ainsi la présidente du Front national, en janvier dernier.

Conclusion de la candidate du Front national: il faut sortir de l'euro. L'analyse de Marine Le Pen a toutefois une faille qui apparaît clairement dans une récente étude du CEPII, un centre de recherches et d'études en économie internationale. En fait, comme beaucoup d'observateurs, Marine Le Pen se focalise sur l'Allemagne qui, bien qu'étant notre premier partenaire commerciale, ne représente que 35% de nos échanges en zone euro.

Éclatement de la zone euro

Le CEPII démontre ensuite que si la France sortait de l'euro, sa compétitivité n'y gagnerait pas automatiquement au change. Le centre d'études se base pour cela sur un scénario où la France quitterait la monnaie unique, mais serait alors immédiatement imitée par toutes ses voisines de l'union monétaire.

"Nous jugeons que ce scénario est une hypothèse crédible. Si un pays comme la France, qui est un acteur fort de la région, quittait l'euro cela aurait un impact beaucoup plus fort qu'une économie isolée comme la Grèce. À ce moment-là, il n'y a aucune raison pour que la zone euro ne disparaisse pas dans son ensemble", explique ainsi Florian Morvillier, l'un des auteurs de l'étude.

Que se passerait-il ensuite? Le CEPII considère que les taux de change des nouvelles monnaies nationales se rééquilibreraient. C'est-à-dire que si une monnaie est surévaluée par rapport à une autre, elle se déprécierait, et l'économie du pays concerné gagnerait ainsi en compétitivité.

Un franc qui s'apprécierait face à 14 devises

Qu'en serait-il du franc? Pour le savoir, le CEPII a utilisé un modèle d'estimation d'équilibre de changes afin de déterminer si la devise d'une France présidée par Marine Le Pen serait sur ou sous-évalué par rapport à chaque pays de l'union monétaire, sur la base de la situation actuelle.

Il apparaît alors que le franc serait surévalué vis-à-vis de seulement quatre pays (l'Allemagne, l'Irlande, les Pays-Bas et le Luxembourg), comme le montre le graphe ci-dessous. Pour tous les autres pays, le franc serait sous-évalué, et s'apprécierait(*) donc.

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- © CEPII

Ces 14 pays représentent tout de même 55% de nos exportations. Autrement dit, avec une sortie du franc, si tous les autres pays de la zone euro nous imitent, seulement 45% de nos exportations seraient moins chères.

À l'inverse, au niveau de nos importations, 51% des produits deviendraient moins coûteux, selon le CEPII.

"La sortie de l'euro n'est pas une panacée. Nous allons nous retrouver dans une situation plus difficile vis-à-vis de nos partenaires, et nous allons voir notre monnaie s'apprécier vis-à-vis de 14 pays. En fonction de tels ou tels secteurs, l'impact peut être positif (tourisme) ou négatif (agriculture, finance et communication)", commente Florian Morvillier.

Les agriculteurs pénalisés

En effet, pour évaluer l'impact d'une sortie de la zone euro, il convient de regarder secteur par secteur, si la France exporte plus qu'elle importe d'une part, et si elle exporte plus dans les pays ou sa monnaie est surévaluée.

Pour donner un exemple concret, selon le CEPII, dans la production de biens manufacturiers, la France importe plus qu'elle exporte. Et elle importe des produits en provenance des pays du Nord de la zone euro. Du coup, comme le franc se déprécierait vis-à-vis de ces monnaies, la France y perdrait au change, car ces biens seraient plus chers.

Idem pour l'agriculture qui représente 722.000 emplois. La France est exportatrice nette de produits agricoles (vin, céréales, produit laitiers) mais exportent plus vers le Sud que le Nord de l'Europe. Du coup, dans la mesure où le franc s'apprécierait vis-à-vis de la lire ou de la peseta, les agriculteurs français seraient pénalisés car leur production serait plus chère à l'export.

Le tourisme avantagé

La finance serait doublement perdante. Nous importons des services financiers d’Allemagne, des Pays-Bas, du Luxembourg et de l’Irlande et exportons vers le reste de l’Union européenne. Avec une sortie de l'euro, à la fois les importations deviendraient plus chères, mais en plus les exportations seraient moins compétitives.

Certains secteurs y gagneraient quand même au change. Ce serait le cas du tourisme, la France accueillant davantage de visiteurs venant d'Allemagne, des Pays-Bas, de l'Irlande ou du Luxembourg que du reste de l'Europe. Pour ces touristes anglo-saxons, les services d'hôtels et de restaurants seraient plus abordables, car le franc se déprécierait vis-à-vis de leur monnaie nationale.

(*)Note: dans son analyse le CEPII, ne se prononce sur l'ampleur exacte de chaque dépréciation ou appréciation par pays, car ces mouvements dépendent d'un trop grand nombre de paramètres. De même, il a ignoré comment les entreprises ajusteraient leur production face à ce nouvel environnement compétitif. Il n'a par ailleurs pas estimé les effets de la sortie de l'euro sur la richesse des ménages.