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La course de fond de Total dans les énergies renouvelables face à un pétrole en chute libre

A l'horizon 2030, Total anticipe que ses ventes de produits pétroliers diminueront de près de 30%, baisse compensée en partie par des ventes d'énergie issue à 15% d’électricité d'origine renouvelable. Le géant français a amorcé sa mue mais compte l'accélérer d'ici 2030.

Alors que la transition énergétique s'accélére et que les cours de l'or noir stagnent à niveau bas, Total, comme d'autres géants du pétrole tel BP, s'est lancé dans une course de fond pour moins dépendre des énergies fossiles. La crise sanitaire lié au Covid-19 a accéléré des tendances déjà à l'oeuvre, à savoir un moindre recours au pétrole et au gaz en raison des préoccupations environnementales de la société.

Confronté à ces changements structurels, Total accélère sa transformation en un groupe multi-énergies, moins dépendant du pétrole et du gaz, stratégie confirmée ce mercredi par Patrick Pouyanné, PDG du groupe.

Ses ventes de produits pétroliers chuteront de 30% en 2030

A l'horizon 2030, Total anticipe que ses ventes de produits pétroliers auront diminué de près de 30%. Ses revenus proviendront alors de 30% de produits pétroliers, 5% de biocarburants, 50% de gaz et 15% d’électrons, essentiellement renouvelables.

Et en 2050, "ce sera 20 % de pétrole ; 40 % de gaz, certes une énergie fossile mais qui émet deux fois moins de CO2 que le charbon ; et 40 % de renouvelable", déclarait il y a quelques jours Patrick Pouyanné au Parisien.

Dans la prochaine décennie, "les investissements rentables dans les renouvelables et l’électricité augmenteront progressivement en passant de 2 à 3 milliards de dollars par an, et représenteront alors plus de 20% des investissements nets du groupe" a précisé la direction du géant français.

Accélérer la mue de son business model

Nanti d'énormes capacités financières avec 28,5 milliards d'euros de cash flow en 2019, Total a déjà pu investir ou racheter des acteurs établis pour accélérer la mue de son business model. Voici quelques uns de ces investissements les plus récents ou les plus significatifs du virage à 180 degrés que le géant français est en train d'amorcer.

> Dans le stockage et la fourniture d'électricité, l'énergéticien avait amorcé son virage avec le rachat en 2011 de SunPower, fabricant californien de modules et panneaux solaires. Puis l'acquisition dès 2016 pour 950 millions d'euros de Saft, fabricant français de batterie, lui a permis de prendre pied dans le stockage d'électricité, composant indispensable des énergies renouvelables intermittentes.

Puis vint le rachat du fournisseur français alternatif d'électricité Direct Energie. En signant un chèque de 1,4 milliard d'euros en 2018. il entre sur le marché de la génération et la distribution d’électricité et de gaz en France et en Belgique. Tout récemment, avec l'acquisition de la société Blue Point London, Total a repris au groupe Bolloré la gestion et l'exploitation du réseau Source London, premier réseau de recharge pour véhicules électriques de Londres avec plus de 1600 points de charge.

Renouvelables: un objectif de 35 GW de capacité en 2025

> Dans la production d'énergies renouvelables, Total a l'ambition d'accélérer sa mue en portant son objectif de 25 GW à 35 GW de capacité brute en 2025 (70% déjà en portefeuille) avec l’ambition d’une croissance de 10 GW par an au-delà, comme il l’a réalisé en 2020. Pour réaliser cet objectif, il a déjà procédé à une série d'acquisitions dans le domaine des parcs éoliens ou solaires.

Parmi ses investissements significatifs récents, le groupe a réalisé en juin 2020 une de ses premières opérations dans l'éolien en mer avec l'acquisition de 51% du projet Seagreen de plus grand parc en développement en mer d'Ecosse, auprès de l'énergéticien SSE Renewables. Le parc réprésente un investissement d’environ 3,7 milliards de dollars pour lequel Total a mis en place des financements externes pour près de 70% des 51% de sa part du projet.

Dans les parcs solaires, le groupe vient d'investir dans le développement de fermes solaires en Espagne auprès de la société espagnole Ignis pour une capacité de 3,3 gigawatts. La construction des premières fermes solaires doit débuter en 2022, et la production d'électricité sera effective sur tous les sites d'ici 2025. Ces fermes solaires seront construites puis exploitées par Total près de Madrid et en Andalousie.

"Rien qu'en 2020, nous avons annoncé pour 12 GW de projets d'électricité renouvelable. Soit l'équivalent d'une dizaine de gros réacteurs nucléaires. Des capacités que nous comptons doubler d'ici les cinq prochaines années", déclarait au Parisien Patrick Pouyanné, il y a quelques jours.
Frédéric Bergé
https://twitter.com/BergeFrederic Frédéric Bergé Journaliste BFM Éco