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La Belgique et Engie valident leur sortie du nucléaire

Le groupe français soldera vendredi son aventure dans le nucléaire lors de la présentation de ses résultats. Il enterre la prolongation de ses réacteurs belges après 2025. La Belgique compte sur ses voisins européens pour s’approvisionner.

Cette fois, c’est la fin du nucléaire belge pour Engie. Le groupe annoncera vendredi, lors de la présentation de ses résultats, la fin de son aventure dans le nucléaire en Belgique. La loi belge prévoit de longue date la sortie de l’atome en 2025. Mais le gouvernement se laissait une option pour prolonger toutefois deux des sept réacteurs au-delà de 2025, pour garantir l’approvisionnement en électricité du pays.

Selon nos informations, une réunion entre la direction d’Engie et le gouvernement belge a eu lieu il y a quelques jours. Les deux parties ont pris acte de la fin de l’exploitation des sept réacteurs entre 2022 et 2025. Engie va surtout le traduire dans ses comptes. En stoppant ses investissements de long terme dans le parc nucléaire belge. Et surtout en passant une dépréciation de 1,9 milliard d’euros de la valeur de ses réacteurs pour couvrir le manque à gagner des dix années de l’arrêt de son parc nucléaire qui aurait pu être prolongé de dix ans.

La Belgique n'assume pas politiquement

En réalité, c’est un soulagement pour Engie qui veut sortir du nucléaire depuis plusieurs années. Mais l’instabilité politique en Belgique a fait trainer la décision définitive. Le gouvernement souhaiterait conserver la possibilité de prolonger in extremis deux réacteurs après 2025.

"Ce plan B existe toujours et nous prenons acte qu’Engie s’organise en conséquence", tranche une source gouvernementale belge. Politiquement, le sujet est sensible et l’option d’une prolongation ne peut pas être assumée. "Mais dans les faits, les Belges ne sont pas prêts", nuance une source proche d’Engie.

Cela nécessite un accord politique alors que la coalition belge, avec les écologistes, prône justement la sortie du nucléaire. "Ils sont enfermés dans leur décision politique de fermer en 2025", décrypte un bon connaisseur de la situation belge. Cela devrait aussi passer par un changement de loi et une étude technique. Un processus trop long pour intervenir d’ici 2025.

Le "solde de tout compte" d’Engie dans le nucléaire est une étape importante après la vente de sa part dans Suez à Veolia. Et alors que le groupe français a lancé la vente d’une large partie de ses activités de services. Le groupe aura à cœur de montrer qu’il accélère sur son recentrage. Il ne sortira toutefois pas d’un coup du nucléaire en Belgique puisqu’il réalisera le démantèlement des réacteurs.

La France à la rescousse

Pour les Belges, le temps presse. Le gouvernement doit trouver une solution pour compenser la perte de production des sept réacteurs nucléaire à l’horizon 2025. "Les Belges comptent sur leurs voisins européens", expliquent plusieurs sources proches du dossier. Sauf que les Britanniques, les Allemands et les Néerlandais ferment leurs centrales à charbon et entrent dans une période de production électrique faible.

Les capacités de production baissent partout en Europe et comme la Belgique est au carrefour de l’Europe, c’est un vrai sujet d’inquiétude", explique un dirigeant français.

La Belgique compte notamment sur le parc nucléaire français qui exporte beaucoup. Déjà en 2019, lors de l’arrêt des réacteurs belges, c’est EDF qui avait été appelé à la rescousse pour vendre de l’électricité aux Belges. A Bruxelles, le gouvernement pourrait aussi décider de construire une ou deux centrales à gaz. Des appels d’offres pourraient être lancés dès cette année. Des projets qu’Engie compte bien remporter.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business