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L'incroyable regain d'intérêt pour le disque vinyle se confirme dans le monde

Le marché des vinyles est porté par les artistes vintage.

Le marché des vinyles est porté par les artistes vintage. - Bryan O. Fenstermacher - Flickr - CC

Aux Etats-Unis, les ventes au premier semestre de galettes noires ont été supérieures à celle des compact discs, inventés pour les remplacer. En France aussi, la nostalgie vinyle bat son plein.

L'industrie du disque vit une drôle d'époque. A la fois ancrée dans le présent avec le succès fulgurant des plates-formes de streaming (Spotify, Deezer et autres Apple Music) et tournée vers son passé avec la résurgence depuis quelques années du format vinyle, le premier support musical lancé à grande échelle dans le monde au début du XXe siècle.

Aux Etats-Unis, les ventes de galettes noires ont même dépassé celle du CD (en valeur), qui était censé le remplacer lorsqu'il a été lancé dans les années 1980.

Concrètement, si outre-Atlantique, 91% des ventes de musique sont réalisées à travers les plates-formes numériques (essentiellement sous forme d'abonnement), au premier semestre, 8,8 millions de disques vinyle se sont écoulés (232,1 millions de dollars de chiffre d'affaires) contre 10,2 millions de CD (-47%) pour 10,2 millions de dollars de revenus.

20% des ventes physiques en France

C’est la première fois depuis 1986 que les ventes de vinyles dépassent celles des CD, selon la RIAA, le lobby du secteur. Même si au final, il ne représente que 4% du total des ventes (toujours en valeur).

En France, on observe la même tendance. Selon le Snep (Syndicat national des éditeurs phonographiques), le vinyle a généré 64,4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019 (+12% en un an) et représente 20% des ventes physiques.

Ce regain d'intérêt illustre l'appétit nostalgique des consommateurs quadra et bobo pour ce format jugé désormais (et c'est un paradoxe) plus qualitatif que le CD ou le numérique. Ainsi, les plus de 30 ans représentent 58% des acheteurs en France. Mais la bonne nouvelle pour le secteur est que la part des moins de 30 ans ne cesse de progresser, selon le Snep.

Bel objet avec ses grandes pochettes et des vinyles parfois colorés, avec un son réputé plus chaud, cet objet rappelle aussi à certains acheteurs leur adolescence. On voit exactement le même phénomène dans le jeu vidéo avec le carton mondial des rééditions de consoles anciennes (Nintendo, Sega), dans l'habillement, la pub ou encore le cinéma.

Revival mais pas seulement

Et ce revival redynamise un écosystème que l'on pensait aux oubliettes: les disquaires rouvrent les uns après les autres, les platines s'écoulent comme des petits pains (188.000 en France rien que l'an dernier), les conventions font le plein, les opérations commerciales comme le Disquaire Day rassemblent les fans...

Il nourrit également l'appétit des Majors du disque. Au départ, elles observaient le phénomène avec amusement. Désormais, le vinyle fait clairement partie des stratégies commerciales de leurs artistes. Le Snep rappelle ainsi que "les nouveautés musicales occupent une place toujours significative dans le top 50 vinyle". C'est une question d'image.

Et comme la nostalgie paye toujours, de petits malins s'engouffrent dans la brèche. En repressant rapidement des albums pour les vendre à bas prix.

Sauf que ces pressages se font sur la base de "master" numériques, ce qui frôle l'arnaque car il s'agit ici en fait de graver sur un vinyle un enregistrement numérique destiné au CD alors que le principal attrait du vinyle est d'y retrouver l'enregistrement original et analogique... Le fameux son "feu de bois"...

La prochaine étape, le regain de la bonne vieille cassette audio? Aux Etats-Unis, chez les disquaires, elle fait désormais son retour en force...

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business