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L'absentéisme est-il vraiment plus élevé dans le public que dans le privé?

Les absences sont en fait assez comparables (image d'illustration)

Les absences sont en fait assez comparables (image d'illustration) - Pexels - CC

Le cliché veut que les fonctionnaires soient davantage absents pour maladie que les salariés. La réalité est un peu plus complexe.

L'absentéisme est un fardeau pour les entreprises. L'an passé, le cabinet Ayming évaluait à 60 milliards d'euros par an ce coût pour l'ensemble du secteur privé, chiffre qui comprenait à la fois les coûts directs (remplacement éventuel du salarié, maintien du salaire, perte de valeur ajoutée) et indirects (prévention de l'absentéisme, coût de la prévoyance, etc).

Les chiffres publiés ce mercredi par l'assureur Malakoff Médéric semblent le confirmer. Centrée sur le privé, cette étude montre que 34,1% des salariés du privé ont été absents au moins une fois en 2016 pour maladie, avec une absence moyenne de 35,5 jours calendaires. "Pour une entreprise de 1000 salariés, ces arrêts maladie représentent près de 43 équivalents temps plein", écrit l'assureur.

Évidemment, ces absences sont plus fréquentes dans les métiers où la pénibilité est élevée, comme chez les ouvriers (40,7% absents au moins une fois dans l'année contre 27,8% pour les cadres) et sont plus longues chez les seniors (50,8 jours pour les plus de 50 ans contre 29,5 jours pour les 30-39). Comme l'atteste la carte ci-dessous, d'importantes disparités régionales existent par ailleurs.

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De nombreux arrêts maladie dans les collectivités

Reste qu'il est d'usage de comparer ces statistiques avec celles du public, notamment parce les salariés font face à trois jours de carence contre aucun en ce qui concerne les fonctionnaires, du moins pour le moment.

Or il y a quelques jours, le cabinet d'assurance spécialisé Sofaxis a rendu la dernière édition de son baromètre de l'absentéisme chez les agents territoriaux (c'est-à-dire les fonctionnaires des collectivités territoriales). Dans ce baromètre, le cabinet estimait qu'en 2016, près d'un agent territorial sur deux (45%) avait été absent pour des raisons de santé, pour une durée d'arrêt moyenne de 37 jours.

On serait donc tenté de déduire que l'absentéisme est nettement plus répandu dans le public que dans le privé. Sauf qu'il convient de préciser que l'étude de Sofaxis prenait en compte la totalité des absences pour raisons de santé, comme la maladie, certes, mais aussi les accidents du travail et les congés maternité, là où Malakoff Médéric restreint ses statistiques aux absences pour raisons de maladie.

Moins d'arrêts dans la fonction publique d'État que dans le privé

Ensuite, il serait faux de considérer que les agents des collectivités territoriales représentent l'ensemble de la fonction publique. Dans l'édition 2016 de son rapport sur les finances locales, la Cour des comptes notait un niveau "préoccupant" de l'absentéisme dans les collectivités locales, qui était "plus élevé" que dans les autres fonctions publiques. Au passage, la Cour des comptes chiffrait à 1961 euros par agent le coût de l'absentéisme dont 44% imputables aux jours de congés ordinaire.

Le rapport de la Cour permettait alors d'établir une comparaison assez intéressante de l'absentéisme sur la base de l'année 2012.

Ainsi, le pourcentage d'agents déclarant au moins un jour d'absence pour congé maladie au cours d'une semaine donnée était de 4,5% dans la fonction publique territoriale, 4% dans la fonction publique hospitalière, et 2,9% dans la fonction publique d'État, chiffres à comparer avec les 3,6% du privé. Des résultats qui s'expliquent aisément: dans les collectivités locales, il y a une présence forte de fonctionnaires de catégorie C "travaillant dans des métiers exposés à un absentéisme élevé (entretien, action sociale)", expliquait la Cour. Si bien qu'il semble logique que l'absentéisme y soit plus élevé que dans le privé. À l'inverse, la fonction publique d'État est celle où les agents de catégorie A et A+, qui ont des fonctions proches des cadres du privé, sont les plus présents. Il est donc peu surprenant que l'absentéisme y soit plus faible que dans le privé.

Le rétablissement du jour de carence

Ces chiffres de la Cour des comptes sont par ailleurs cohérents avec ceux que la Dares donnait dans une étude de 2013. La branche statistique du ministère du Travail définissait le taux d'absentéisme, comme le pourcentage des salariés absents pour des raisons de santé lors d'une semaine donnée. La Dares montrait alors que le taux était de 2,6% pour les salariés en CDD, 3,7% pour ceux en CDI, et 3,9% dans la fonction publique.

Pour tenter de diminuer l'absentéisme dans la fonction publique (mais aussi pour faire des économies) le gouvernement a décidé de rétablir l'an prochain le jour de carence. Une récente étude de l'Insee centrée sur la fonction publique montait que son instauration, entre janvier 2012 et janvier 2014, avait diminué de 50% les absences de deux jours mais augmenté de près de 25% les absences d'une semaine à trois mois. Si bien que la part des fonctionnaires absents sur une semaine n'avait pas vraiment bougé.

Julien Marion