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Taxes américaines sur l'acier: la grogne monte contre Washington, Trump s'en réjouit

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- - Saul Loeb - AFP

Donald Trump a menacé d'imposer dès la semaine prochaine de fortes taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Ce qui fait la joie du président américain.

La menace du président américain Donald Trump d'imposer dès la semaine prochaine de fortes taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis a suscité des réactions indignées dans le monde, laissant poindre le risque d'une guerre commerciale. Le locataire de la Maison Blanche doit annoncer l'imposition de droits de douane de 25% pour l'acier et de 10% pour l'aluminium.

L'Union européenne

"Nous regrettons fortement" cette décision américaine, a réagi Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. "Au lieu d'apporter une solution, cette décision ne peut qu'aggraver les choses", a-t-il prévenu dans un communiqué. "Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que notre industrie est frappée par des mesures injustes", a-t-il encore ajouté.

"L'UE entamera le plus tôt possible des consultations sur le règlement des différends avec les Etats-Unis à Genève", siège de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a ajouté, dans le même communiqué, la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström.

FMI et OMC

L'Organisation mondiale du commerce (OMC) est "clairement préoccupée" par le projet du président américain, a indiqué vendredi le patron de l'institution, Roberto Azevedo, en mettant en garde contre une "guerre commerciale".

"Une guerre commerciale ne serait dans l'intérêt de personne", a-t-il également fait valoir. Pour Roberto Azevedo, "le risque d'escalade est réel, comme l'ont montré les premières réponses des autres" pays. "L'OMC surveillera la situation de près", conclut-il.

De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a estimé que les mesures protectionnistes qu'entend prendre le président américain Donald Trump "sont de nature à causer des dégâts non seulement hors des Etats-Unis, mais aussi à l'économie américaine elle-même, y compris à ses secteurs manufacturier et de la construction qui sont de gros utilisateurs d'aluminium et d'acier".

Le Canada

"Tout tarif ou quota qui serait imposé à notre industrie canadienne de l'acier et de l'aluminium serait inacceptable", a déclaré jeudi le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne. Ce pays voisin des Etats-Unis est son premier fournisseur d'acier et d'aluminium.

Le gouvernement canadien est surpris d'une décision qui risque finalement de jouer contre les industriels américains. "Les Etats-Unis affichent un surplus de 2 milliards de dollars dans le commerce de l'acier avec le Canada", a souligné pour sa part la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Le syndicat nord-américain des sidérurgistes

De son côté, le syndicat nord-américain des sidérurgistes United Steelworkers (USW), principalement actif aux Etats-Unis et au Canada, exige que les producteurs d'acier et d'aluminium canadiens soient exclus des mesures annoncées par Donald Trump.

"Clairement, le Canada n'est pas l'un de ces +mauvais acteurs+ impliqués dans le commerce injuste et le dumping de l'aluminium et de l'acier vers les Etats-Unis", précise le syndicat.

L'Allemagne

L'association allemande de la sidérurgie Stahl a dénoncé "des mesures qui violent les règles de l'Organisation mondiale du commerce", exigeant l'intervention de l'Union Européenne. "Si l'Europe n'agit pas, notre sidérurgie va payer l'addition pour le protectionnisme américain", a encore prévenu, par communiqué Hans Jürgen Kerkhoff, le président de Stahl.

Le gouvernement allemand, de son côté, "rejette" les taxes américaines prévues sur les importations d'acier et d'aluminium qui menacent d'affecter "fortement" les industries du secteur, a indiqué le porte-parole de la chancelière Angela Merkel. "Le gouvernement rejette de telles taxes douanières" qui ne permettent pas de régler le problème des surcapacités mondiales dans la sidérurgie, a déclaré à la presse Steffen Seibert, en soulignant qu'une "guerre commerciale" ne "serait pas dans l'intérêt de l'économie américaine".

Le ministre allemand des affaires étrangères Sigmar Gabriel a réclamé une réaction "ferme" de l'Union européenne.

Le Royaume-Uni

"Nous avons été clairs sur le fait que nous sommes particulièrement inquiets de toute mesure qui pourrait avoir des conséquences sur l'acier du Royaume-Uni et ses industries d'aluminium", a indiqué par communiqué l'ambassade britannique à Washington, tout en assurant être en discussion avec les Américains.

La Chine

"La Chine demande aux États-Unis de refréner leur recours à des mesures protectionnistes et à respecter les règles du commerce multilatéral", a affirmé Hua Chunying, une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. "Si d'autres pays lui emboîtaient le pas, cela aurait un impact grave sur l'ordre du commerce mondial".

La Russie

Le Kremlin se dit "préoccupé" par les taxes américaines sur l'acier. "C'est une situation qui mérite la plus grande attention. De nombreuses capitales européennes ont déjà exprimé leur extrême préoccupation par rapport à cette décision. Nous partageons cette préoccupation et allons analyser attentivement la situation en ce qui concerne nos relations commerciales avec Washington", a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

"Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner"

Le président américain Donald Trump s'est réjoui des réactions préoccupées des partenaires commerciaux des Etats-Unis face à ses projets de taxes sur les importations d'acier et d'aluminium en assurant que "les guerres commerciales sont faciles à gagner". "Quand un pays (les Etats-Unis) perd des milliards de dollars en commerçant avec virtuellement tous les pays avec lesquels il fait des affaires, les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner", a twitté le président américain. "Par exemple, quand on a un déficit de 100 milliards de dollars avec un pays et qu'il fait le malin, on arrête de faire des affaires et on gagne gros. C'est facile", ajoute Donald Trump.

D. L. avec AFP