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Swissleaks "n'est que la partie émergée de l'iceberg"

Hervé Falciani réclame une assistance financière pour les lanceurs d'alerte

Hervé Falciani réclame une assistance financière pour les lanceurs d'alerte - Kenzo Tribouillard - AFP

Hervé Falciani, l'ancien employé d'HSBC Genève qui a livré aux autorités les fichiers qui ont permis aux journalistes de révéler la vaste affaire d'évasion fiscale, explique au Parisien, ce 10 février, que seule une partie des données a été exploitée. Il estime que "les grandes banques françaises sont bien positionnées".

Il est l'homme à partir duquel le scandale est arrivé. L'ex-employé d'HSBC Genève, Hervé Falciani est celui qui a dérobé à son ancien employeur la liste de clients qu'il a ensuite remis aux autorités gouvernementales, en 2008. Non sans être soupçonné d'avoir tenté de vendre cette même liste au Liban.

C'est à partir d'une copie de ces documents que Le Monde et plusieurs médias réunis au sein de l'association des journalistes d'investigation, l'ICIJ ont pu mener et publier une enquête révélant un vaste système d'évasion fiscale mis au point par HSBC via sa filiale suisse.

Ce scandale, appelé "Swissleaks" ne serait toutefois que la partie la plus visible de l'ensemble de l'affaire, explique Hervé Falciani au Parisien de ce mardi 10 février.

"impossible que les grandes banques françaises ne soient pas concernées"

Selon le lanceur d'alerte, qui reste visé par un mandat d'arrêt international lancé par la Suisse pour violation de son secret bancaire, "les journalistes n'ont qu'une partie (des informations qu'il a transmises). L'administration fiscale en a eu encore plus".

Interrogé sur les 106.000 clients particuliers que les médias disent avoir détectés, Hervé Falciani affirme ainsi: "ce n'est que la partie émergée de l'iceberg...Il y en a encore plus que ce qu'ont les journalistes. Plusieurs millions de transactions (ndlr : entre banques) sont également répertoriées dans les documents que j'ai transmis. Ces chiffres peuvent donner une idée de ce que peut être le dessous de l'iceberg."

"Il est impossible que les grandes banques françaises ne soient pas concernées" par ce système de fraude fiscale, poursuit-il. "C'est d'une industrie qu'on parle. Donc, bien sûr que les banques françaises sont bien positionnées", assure-t-il.

Une protection financière pour les lanceurs d'alerte

Interrogé sur l'efficacité des législations anti-évasion fiscales mise en place en France après l'affaire Cahuzac et aux Etats-Unis, il avertit que "la réglementation va surtout mettre le paquet sur les clients particuliers qui déclarent un compte en leur nom propre. Ce sont les petits, le fond du panier. Le haut du panier utilise des sociétés, parfois créées de façon frauduleuse".

Hervé Falciani se déclare en faveur d'une "protection financière aux détenteurs d'informations d'intérêt public" afin de faire "avancer la démocratie". Lundi, il avait déjà déclaré à la télévision suisse romande qu'il souhaitait un "soutien financier" pour son action de lanceur d'alerte. "La protection policière ne suffit pas (…) si l'on veut contrebalancer l'impunité, il faut se donner les moyens de le faire", déclarait-il. Le rôle joué par Hervé Falciani dans toute cette affaire reste ambigu. L'ICIJ, l'association internationale de journalistes d'investigation qui a révélé le Swissleaks s'interroge: "Est-il un lanceur d'alerte? Un voleur? Un héros?"'….

Une enquête au Royaume-Uni sur HSBC

Le dossier Swissleaks commence à faire des remous. Après la Belgique qui envisage de passer à l'action, des députés britanniques ont décidé d'ouvrir une enquête parlementaire sur le géant bancaire HSBC. "Les révélations concernant la HSBC démontrent une fois de plus l'opacité d'une industrie mondiale au service d'une élite nantie", a indiqué Margaret Hodge, la présidente (travailliste) de la commission, à la BBC. "La commission des comptes publics va ouvrir d'urgence une enquête dans le cadre de laquelle nous allons demander à la HSBC de fournir des éléments - et si nécessaire lui ordonner de le faire", a-t-elle ajouté.

Julien Marion avec AFP